mercredi 24 février 2010

Carrefour: ne crions pas avec les loups!

Les journaux l'ont annoncé avec fracas ce mardi 23 février, Carrefour, numéro 2 mondial de la Grande Distribution va fermer 21 magasins et licencier 1.672 travailleurs.
Depuis, je lis partout que c'était annoncé, que c'est honteux, que c'est la faute du management qui a manqué de vision, etc...

Je vais dans ce billet nager un peu à contre-courant de tout ce qui peut se dire tout en n’exonérant pas Carrefour et son management des fautes et erreurs commises.

Un partie de mon analyse repose sur un très bon article du soir d’avril 2009 (Le Soir 4 avril 2009) . qui m’a été communiqué par @karimmajoros (encore merci)

Je comprends très bien l’émotion face au drame social. Je comprends la rage et la tristesse des travailleurs et des syndicats. Il n’en reste pas moins que certaines affirmations sont pour le moins osées. Mon but n’est pas d’expliquer pourquoi Carrefour en est arrivé là, je ne suis pas expert dans le domaine de la Grande Distribution mais bien de m’offusquer quelque part des hurlements sur l’échec de carrefour.

Les raisons invoquées

Il est néanmoins important que je fasse un court paragraphe sur les raisons qui ont mené Carrefour à l’échec qu’il connaît aujourd’hui. Pour ce faire, je vais réutiliser ce que j’ai pu lire par ailleurs sans préjuger de leur « vérité », je le répète, je ne suis pas expert du secteur.

-Le manque de vision de la direction. (rappelons qu’une vision ne porte ses fruits qu’à long terme ~5ans), on ne peut donc pas aussi facilement que ça corriger le tir
-Un positionnement Commercial flou. Carrefour s’est trompé de concurrent à son arrivée en Belgique. Le changement tardif de positionnement pour contrer son réel concurrent a ensuite brouillé son image
-Trop de marques, trop de formats entre les ex GB-Express, les GB, les Carrefour, les Hyper…on finissait tous par s’y perdre
-Un coût de personnel élevé. On invoque un coût supérieur de 29% par rapport à la concurrence.
-Un dialogue social difficile : qui ne se souvient des blocages des grands magasins Carrefour à chaque initiative de la direction ?
-Un format en perte de vitesse : de fait, et Carrefour travaille énormément ces deux dernières années à réduire la taille de ses grandes surfaces
-Un Parc Immobilier en mauvais états… mais il n’appartient pas à Carrefour… l’achat des magasins il y a 10 ans à donné lieu à la revente des murs à une société Hollandaise Reveco…

Ceci pour les raisons.

Stupeur et hurlement : Carrefour le nouveau Grand Satan…

S’il y a une chose qui m’insupporte au plus au point en ce moment, c’est le «haro sur Carrefour», ce sont les hurlements anti-Carrefour, ce sont tous ces journalistes et autres politiciens qui fustigent soudain Carrefour le laissant apparaître comme une mauvaise entreprise, sans cœur et pleine de reproche. Cette médiocrité, je ne la supporte pas !

Dans toutes les courses, il y a un gagnant, il y a un perdant.

Voilà, c’est dit, c’est moche mais c’est comme ça ! Carrefour en Belgique, ce sont dix années tentées pour s’imposer. Et vous savez quoi ? Si Carrefour avait réussi, ce serait peut être Colruyt, Mestagh ou Delhaize qui aurait dû retsructurer !

La naissance, le vie et la mort des entreprises font partie du cycle économique menant à l’mélioration de la qualité, à l’innovation, à la baisse des prix etc.

Ca n’enlève rien au drame social, ça explique juste que Carrefour a réellement voulu s’implanter et réussir ici. Il a échoué. Et croyez moi, vu les plumes qu’il y a laissé, il ne l’a assurément pas fait exprès !

Si on refuse que les magasins se fassent concurrence, soit. Alors passons à l’économie planifiée où tout les magasins sont égaux… et où tout le monde est mal servi !

10 ans de pertes…

Carrefour en Belgique, ce sont 10 années de perte et de non rentabilité !
Alors avant de hurler que Carrefour c’est un «gros méchant», je n’ai entendu personne dire «Merci»…
«merci de vous être obstiné pendant 10 ans», «merci d’avoir racheté GB», «merci d’avoir tenté», «merci d’avoir proposé un autre modèle».

Pendant 10 ans, Carrefour a assumé ses pertes contre vents et marrées. Alors qu’il réussit partout dans le monde, il échoue sur la Belgique.. et bien oui. Il aurait pu se retirer plus tôt, il ne l’a pas fait.

Il va même tenter une nouvelle opération de sauvetage.

Des acquis sociaux enviés par les employés des concurrents

Derrière les hurlements syndicaux, je n’ai entendu personne dire : «en fait, Carrefour au lieu de racheter GB, aurait du laisser fermer tout les magasins et relancer la chaîne avec un modèle social from scratch».

Quand il y a 20 ans Geert Noels a fait un job d’étudiant chez GB, il gagnait 65.000bef alors que pour le même job chez les concurrents, un student n’en gagnait que 40.000. Qui s'en plaignait?
Aujourd’hui encore, le coût d’un salarié chez Carrefour en Belgique et de 38% plus élevé que dans les autres pays frontaliers. Ce sont des coûts salariaux qui restent supérieurs à la concurrence locale (on parle de 29%.)

Alors, le management a peut être manqué de vision, mais avant de critiquer le retrecissement nécessaire du personnel, ce même personnel pourrait remercier Carrefour de les avoir mieux payé, mieux traités que la concurrence.

Condamnation de l’échec

Dans un pays qui manque cruellement d’entrepreneurs et de créateurs, fustiger l’échec est le meilleur moyen de dire aux gens : SURTOUT NE TENTEZ RIEN !

D’ailleurs, c’est aussi dans ce même pays qu’on est montré du doigt quand on réussi, qu’on est traité de fraudeur quand on entreprend, qu’on est jalousé de nos résultats mais jamais de notre dose de travail !

Carrefour, ce sont 4 grands managers qui se sont fait virer en dix ans. Carrefour a essayé, des hommes ont «sautés» aussi au niveau du management. Alors, il y peut être 1.672 perte d’emplois aujourd’hui… mais soulignons les 15.000 que le groupe Carrefour occupe en Belgique.

1.672 emplois perdus ? Chez Carrefour sans doute

Mais la majorité de ces personnes retrouveront plus que probablement un emploi dans les sociétés ou franchisés qui reprendront ces sites ! Plutôt que de parler de tout casser, voyez comment construire votre futur que diable.

Par contre, effectivement, on ne peut leur garantir le modèle social qui fut le leur. A force de refuser de revoir ses "acquis sociaux", on finit par les perdre tous.

Le roseau qui ne plie pas finit par craquer

A pousser toujours plus loin la logique du blocage, du status quo et du refus du changement, les syndicats portent aussi une part de responsabilité.

A force de s’opposer à tout changement, a ne pas vouloir devenir plus flexibles sous prétexte d’acquis sociaux, il ne faut pas s’étonner que le navire finissent par couler sous le poids des contraintes venue d’une autre époque. Les contraintes changent mais on veut conserver le modèle… ce genre de chose ne marche pas.

Wal Martisation

Le cas Carrefour illustre aussi le phénomène low-cost et ce que j’ai appelé la Wal-Martisation de la société. Ne rêvez pas, pour augmenter votre pouvoir d’achat, vous voulez acheter toujours moins cher.

Moins cher, moins rentable mais dans un modèle à haut coût social. Vous avez le choix, soit vous revoyez vos standards à la baisse soit vous acceptez que consommer, ça coûte de l’argent quelque part.

Cessons de crier avec les Loups.

Encore une fois, les causes sont multiples, mais ne comptez pas sur moi pour massacrer Carrefour !

Je suis abasourdis de lire les réactions d’un président de parti, Elio Di Rupo, qui dit «Carrefour a manqué de vision».

Et monsieur Di Rupo ? Qu’a-t-il géré pour nous donner d’aussi brillantes leçons de gestion ? La Sabena (faillie)… l’ex-RTT devenue Belgacom (combien de plan sociaux pour s’adapter ?). Quelle est la vision de Monsieur Di Rupo ? Nous ressortir des bains de sang social et des crises libérales à tout bout de champs ? Elles sont où les belles avancées de son parti ? (les réactions des autres partis furent tout de même plus retenues et plus constructive…enfin, heureusement que le PS est à tout les niveaux de pouvoir, sans lui c’aurait été le bain de sang social…)

Je suis peiné de lire les réactions des journalistes qui bêlent bêtement avec le troupeau. Oui, certes, il y a aujourd’hui un important plan social, oui, 1.672 personnes vous perdre leur emploi chez Carrefour mais il est plus que probable qu’une bonne partie d’entre elles soient reprises par les repreneurs des différents sites !

A côté de ça, quels sont les journalistes qui parlent des 15.000 emplois directs de Carrefour ? Des pertes assumées pendant 10 ans ? Cessez, je vous prie, de cracher sur ceux qui créent de la richesse et financent la sécurité sociale de ce pays !

Carrefour a tenté une aventure, il a échoué (et pas encore totalement au passage) jusqu’ici : il ne quitte néanmoins pas la terre de son échec et nul ne peut présager du futur ! Merci Carrefour de tenir depuis 10 ans et d’offrir 15.000 emplois dans notre pays.

Carrefour n’a pas gagné mais c’est aussi le modèle dans lequel on vit qui veut ça. Merci Carrefour de vous obstiner comme vous le faites, malgré les obstacles !

Carrefour a fait des erreurs. Mais le manque de flexibilité et les blocages face aux changements n’ont sûrement pas aidé à les corriger.
Malgré cela, Carrefour reste !
Que Carrefour ET les partenaires sociaux tirent les leçons de ces 10 années d’histoire et permettent une nouvelle tentative qui peut être cette fois réussira.

Cette aventure, c’est Carrefour, ce sont les salariés de Carrefour et les partenaires sociaux de Carrefour qui doivent la relever.

lundi 22 février 2010

Disgression 3: Pension par redistribution... la très Officielle pyramide de Ponzi

Principe de la Pyramide de Ponzi

Est-il besoin de ré-expliquer le Principe de la Pyramide (ou Chaîne) de Ponzi? Pour ceux qui ont loupé un épisode, et en faisant bref:

Imaginons que quelqu'un propose un investissement à 100 % d'intérêts : vous lui donnez 10 euros, il vous en rend 20 au bout d'un an. Logiquement, et du moins, ce qu'il vous en dit, c'est qu'il a "créé" de la valeur, "créé" de la richesse en investissant cet argent dans une activité qui est très rentable.

En réalité, il vous rend vos 10 euro. Les 10 autres euro viennent de 6 nouveaux entrants dans le système. L'idée est que pour rémunérer l'investisseur x, on fasse entrer peu après 6 nouveaux investisseurs. (source du schéma: US Securities & Exchange Commision)

Ainsi, sur une ligne du temps, à l'année 0, je rentre dans la pyramide, je mets 10 euro.
Année +6mois, j'ai 6 personnes qui entrent : 6x10 euro
Annéé + 1 an: je reçois 10 euro d'intérêts. Les 50 autres servent à rémunérer d'autres participants et de "commission". Qui s'offusquera que le gestionnaire d'un fond aussi rentable se rémunère aussi bien?

Bien sur... avec un pareil système, on s'aperçoit qu'au 13eme niveau...nous dépassons la population mondiale, donc impossible à financer.  Le système est viable tant que la clientèle afflue, attirée en masse par les promesses financières (et d'autant plus tentantes que les premiers investisseurs sont satisfaits et font une formidable publicité au placement).

Le phénomène fait alors boule de neige, entretenu tant que l'argent rentre et permet de payer à 100 % les nouveaux investisseurs. L'organisateur prend une commission, bien compréhensible lorsque l'on voit les promesses qu'il fait, et qu'il tient. La chaîne peut durer tant que la demande suit la croissance exponentielle imposée par ce système, les clients arrivant par 6, 36, 216, etc. Lorsque la chaîne se coupe, la bulle éclate : tous les derniers investisseurs sont spoliés. Sont gagnants ceux qui ont quitté le navire à temps et, surtout, l'organisateur.

Le principe est donc tout bête: on ne capitalise pas, on redistribue aux primo investisseurs (ou non... ils n'ont en fait à la limite même pas du mettre le premier cent... la seul premier degré important, c'est la deuxième ligne...) ce qu'on engrange par l'arrivée des nouveaux entrants...


Maddoff...

Donc, voici peu, éclate un des plus grands scandales financiers de notre époque, le scandale Maddoff qui a appliqué savamment cette escroquerie quasi aussi vieille que les mathématiques. Sont tour de force aura d'avoir réussi à faire tenir le système pendant 48 ans...
L'homme d'affaires américain Bernard Madoff, président-fondateur d'une société d'investissements et très actif dans le NASD et NASDAQ, a créé un schéma de Ponzi qui a fonctionné pendant 48 ans, de 1960 à la crise financière de 2008. C'était un gérant de hedge fund qui promettait des retours sur investissements relativement élevés, de l'ordre de 8 à 12 % par an. Mais ce qui sortait le plus de l'ordinaire avec les performances qu'affichaient ses fonds était l'absence de retours négatifs sur de très longues périodes et une volatilité (l'équivalent du risque de l'investissement) très faible. Autre indice alarmant, à la clôture de chaque exercice, Madoff déclarait être liquide, c'est-à-dire détenir tous ses avoirs en liquidités, et ainsi ne publia jamais de relevés indiquant la quelconque possession de titres financiers. Enfin, les titres sur lesquels il disait investir, notamment des options sur indices, n'étaient pas assez liquides pour « absorber » les volumes qu'un fonds de la taille de celui de Madoff aurait engendré. L'utilisation de modèles mathématiques financiers, des clients réputés, des postes élevés dans l'administration, l'assuraient d'un prestige important. Lorsque de nombreux clients ont souhaité retirer leurs avoirs de sa société d'investissement lors de la crise financière de 2008, ils se rendirent compte que les caisses étaient vides et qu'ils avaient perdu tout leur argent. Avant son arrestation, Bernard Madoff gérait officiellement 17 milliards de dollars. (source Wikipedia)

Les Pensions ont largement précédé Maddoff...

Bien entendu, nous avons, suite à cette affaire, entendu pis que pendre sur le libéralisme, le capitalisme, et bla et bla et bla... Et pourtant... j'ai bien peu entendu que ce cher Maddoff n'a finalement que peu de mérite. Le seul qu'il ait est d'avoir tenu 48 ans, d'avoir réussi à passer à travers de multiples audits (et il faudra quand même qu'on m'explique comment ces audits étaient menés soit dit en passant) et d'avoir été un communicateur et marketeur génial... ok, ce n'est pas rien quand même quand on y pense.

Mais bon... encore une fois le système existe depuis longtemps. Ponzi c'est un arnaque qui date de 1921... Et qui depuis la deuxième guerre mondiale est même très officiellement appliquée par la majorité des pays européens... dans le plus grand silence et la plus grande ignorance des populations.

Nos systèmes de pensions sont en effet basées sur la redistribution et non la capitalisation. Ainsi, sous prétexte de "solidarité inter-générationnelle" ou de "droits acquis", les travailleurs d'hier (qui ont... ou n'ont pas cotisés... car à l'origine du système, les premiers bénéficiaires des pensions n'avaient jamais cotisés)  perçoivent une rente payée par les travailleurs d'aujourd'hui.

En effet, quand vous financez le système des retraites, vous n'épargnez pas pour vous même, l'argent perçu est intégralement redistribué au bénéficiaire de l'étage du dessus... ça vous rappelle quelque chose?
Ce système est évidemment performant tant que votre pyramide des âges et vos courbes démographiques produisent toujours plus de descendants. Non, quand vous cotisez pour votre retraite, cet argent n'est pas épargné!

Pire... dans nos civilisations européennes, le taux de natalité est aujourd'hui trop faible, le pourcentage de personnes âgées est en constante augmentation et l'espérance de vie ne cesse d'augmenter, la proportion d'actif ne cesse de baisser... en langage Ponzien, les étages du dessus ont un gros soucis à se faire, il n'y a plus assez d'entrants dans la pyramide! C'est encore pire pour les entrants actuels...il n'ont aucun espoir qu'un nombre d'entrants suffisants apparraisse. Les couches les plus basses de la pyramide investissent à fond perdu. On le sait... on le tait et on les oblige même à continuer à financer alors qu'eux n'auront rien. (voir les origines et l'évolution du système du Carhop... Intéressant car du même constat, il propose des solutions différentes, logiques de pas son orientation. Ici, mon propos n'est pas le futur du système mais le constat. Je constate qu'un niveau du constat au moins, nous sommes d'accord.)

La bulle est à la veille de l'éclatement. Et que nous dit-on? "Tout va très bien Madame la Marquise" et tout idée même de transition vers un système à capitalisation est rejeté au nom d'une pseudo solidarité. ...plus triste: ce problème n'est pas neuf, j'ai retrouvé des articles de presse de 1979 signalant le problème à venir. Oh, je sais, on me dira que la faillite est souvent annoncée mais ne s'est jamais produite. En attendant la pression sur les "financeurs" du système n'a cessé de croître.

Alors, oui, clairement, Maddoff est un escroc qui doit être condamné... mais au même titre que les Etats imprévoyants qui nous bercent de douces illusions et nous laissent entrevoir un Eden dont ne bénéficient que les étages supérieurs de la pyramide... et le gestionaire du fond (nos différentes autorités pléthoriques) ne l'oublions pas. 

mardi 16 février 2010

Digression 2: Les Engagements hors bilans... ou la dette cachée des Etats

Après la première digression  sur les Subprimes et les Etats, en voici un autre sur les Engagements Hors Bilan des Etats. Alors que nos Etats critiquent (à raison!) le "window dressing" effectué pour embellir les comptes de certaines entreprises, nous nous appercevons qu'ils ne font guère mieux.  Et ici... dans le cadre des soucis rencontrés par la zone Euro, les engagements hors bilan suscitent encore plus de spéculations... ce qui m'amena à la digression numéro 2...

Vous souvenez des affaires Enron? Andersen? Lernout & Hauspie? Grosses affaires que celles-la... Faillites retentissantes, pertes immenses pour les actionnaires et encore et toujours la même technique: les engagements hors-bilan. Soit la "non comptabilisations" d'obligations (comprenez dettes explicites ou potentielles) d'une entreprise masquant le risque réel et la hauteur réelle des dettes.

Pour bien appréhender ce que ça représente, il faut comprendre la manière dont on estime la valeur d'une entreprise. Surtout...d'une entreprise cotée en bourse.

Valeur d'une entreprise

Pour un économiste, la valeur de l'entreprise est égale à la somme actualisée des cash-flows (solde des flux de trésorerie, flux n'étant pas égal à profits) futurs. Le cash-flow est incertain car futur. Il s'agit d'une estimation incertaine donc comporte un risque.Toute l'intelligence consiste à estimer convenablement le risque pour calculer la "prime de risque" au plus proche. Cette "prime de risque" sera ensuite introduite dans le taux d’actualisation : plus l’incertitude est grande, plus le taux d’actualisation est fort, moins la valeur de l’entreprise est élevée, c'est conforme au bon sens.

Ne retenons que l’essentiel : le regard de l’économiste est orienté vers le futur. Il raisonne sur des anticipations dont il s’efforce d’apprécier l’incertitude ; il tient compte de cette incertitude dans l’évaluation de la valeur de l’entreprise.(source et détails sur le blog de Michel Volle)

Pour un comptable, la valeur de l’entreprise est égale à son actif net, c’est à dire à la valeur de ce qu’elle possède (capital physique, actions d’autres entreprises, trésorerie, créances) diminué de ses dettes. Le regard du comptable est donc orienté vers le passé lors duquel les actifs se sont accumulés ; il évalue leur valeur en se fondant sur des informations qu’il trouve dans des pièces écrites et contrôlables.

Ces règles, qui visent principalement à limiter le risque de fraude ou de contestation de l'assiette fiscale, n'ont pas nécessairement de consistance économique. Une machine totalement amortie est supposée avoir une valeur nulle même si elle est encore pour l’entreprise un facteur de production efficace.

Enron, Lernout & Hauspie? Même combat...

Pour embellir leurs comptes, donc obtenir une valeur boursière supérieure à leur "vraie" valeur (que celle-ci soit comptable ou "économiste", il existe différentes façons de faire. Cela peut aller du gonflement artificiel du résultats à la consolidation en passant par les engagements hors bilan.

La technique qui m'intéresse ici (et retenons bien que ce n'est pas la seule qui fut pratiquée!) est la méthode des engagements hors bilan.

Un engagement hors bilan, c’est une dette qui ne figure pas au bilan parce qu’elle a un caractère aléatoire. Ainsi, par exemple, l’entreprise qui a réglé en actions l'achat d'une autre entreprise s’est engagée à verser du « cash » au cas où le cours de l'action passerait au-dessous d’un seuil convenu. L’engagement se transforme en dette si la condition se réalise, sinon il reste inopérant : c’est pourquoi la dette est aléatoire. Souvent l’engagement hors bilan n’apparaît pas du tout dans les comptes. Parfois il n'est même pas mentionné dans les commentaires : l’entreprise ne donne pas au comptable le détail de tous contrats qu’elle a passés.

Les engagements hors bilan sont des amplificateurs de risque. Si tout va bien, les conditions qui déclencheraient la dette ne se réalisent pas et l’engagement hors bilan s’annule de lui-même. Par contre, si le risque se réalise, les engagements hors bilan se réveillent et ils vous enfoncent encore davantage.

Le but de l'occultation de cette dette potentielle est d'embellir le bilan, d'améliorer son rating, augmenter son cours de bourse etc...mais c'est in fine, tromper les actionnaires sur la valeur réelle de l'entreprise et son profil de risque.

Nos États : inspirateurs de Enron, Lernout & Co?

Il y a une chose intéressante dans les traités. La façon de calculer la dette d'un Etat... Comme je l'ai déjà signalé, la dette des Etats est composée d'emprunts à court ou long terme, domestique ou internationaux, à taux fixe ou variable. ...ça, c'est la dette officielle, on peut la calculer, établir des budgets pour la rembourser etc.

Il existe néanmoins une forme de dette... dette qui contrairement aux engagements hors bilan n'est pas vraiment aléatoire. Ce sont les engagements de pensions que les Etats prennent auprès de leurs citoyens.

La dette publique au sens du Traité de Maastricht est la valeur nominale de tous les engagements bruts (sous la forme de numéraire et de dépôts, de crédits et de titres autres que les actions, à l'exclusion des produits financiers dérivés) en cours à la fin de la période (année, trimestre) du secteur «administrations publiques», à l'exception des engagements dont les actifs financiers correspondants sont détenus par le secteur «administrations publiques».
Les engagements dont question ci-avant visent les catégories suivantes : numéraires et dépôts, crédits et titres autres qu'actions, à l'exclusion des produits financiers dérivés, selon les définitions du SEC 95. (source Agence de la Dette)
Ainsi, la dette ne retient que les engagements financiers "explicites", c'est-à-dire l'ensemble des engagements financiers que l'État s'est engagé explicitement à payer, notamment de manière contractuelle, comme ses emprunts. Cela met de côté les engagements dits "implicites", comme les retraites futures des fonctionnaires. Cette convention statistique, à l'inverse de la précédente, a tendance à sous estimer la dette publique.

Une des raisons est que ces engagements restent incertains:  bien sur, on ne sait si demain le (futur-) retraité sera vivant ou mort. Mais les tables de mortalité, les courbes démographiques et les statistiques nous permettent d'avoir une idée assez précise des engagements en matière de pension. Et pourtant... on maintient les engagements, la dette des pensions cachés comme un engagement hors bilan. La dette officielle de nos Etats occulte totalement cette réalité. 

L'autre "excuse" est que ces engagements n'ont aucunement le même caractère impératif qu'un engagement contractuel : sur le plan strictement légal, l'État ne prend aucun engagement financier à l'égard de ses agents. Il peut, par exemple, baisser à tout moment les retraites, ou allonger la durée de service pour bénéficier d'une pension.

Les pensions, engagement futur s'il en est...mais engagement quand même ne font pas partie de la Dette de nos Etats. Le gouffre est donc bien plus important que ce qui nous est annoncé.

Nos Etat maquillent leurs comptes... comment pourraient ils attendre que des entreprises n'imitent pas l'exemple venu d'en haut?

A ce sujet, j'attends toujours que l'on déterre la véritable dette de la Wallonie. Car hors les pensions, prendre des engagements fermes d'investissement...ne pas les budgéter (ce qui a été fait massivement par "Papa"...mais ces "investissements et engagements n'ayant aucun caractère aléatoire...peut on vraiment parler de "hors bilan"?)

...étant entendu que je trouve la pratique malhonnête...que ce soit pour les États ou les sociétés... l'idée étant de démontrer que nos États ne sont absolument pas plus vertueux que les entreprises qu'elles passent leur temps à critiquer.

Ces dettes qui aujourd'hui causent bien des soucis à la zone Euro... et nous voyons qu'en sus...elles sont sous-estimées.

dimanche 14 février 2010

Digression 1 : En matière de subprimes, les banques n'ont rien inventé...

Désolé pour ceux qui attendaient le billet sur l'euro, la zone euro et son avenir...(toujours lié au sauvetage...ou non de la Grèce d'ailleurs) il est bien plus complexe que prévu et m'emmène dans des séries de digressions qui alourdissent mon propos. Voici une de ses digressions.

Depuis deux ans, nous entendons beaucoup parler de la crise bancaire et des subprimes... digression 1.
Peu avant, rappelez-vous, nous avons connu Enron ou Lernout & Hauspie sous nos latitudes...Les engagements hors bilan? Ingénierie très officielle des Etats. Digression 2
Il y eu aussi Madoff et sa pyramide de Ponzi... Et... si finalement ils n'avaient rien inventé? Digression 3

Subprimes? Ou la spéculation sur les dettes d'États...

Au moins de juin, je vous avais parlé de la Dette Belge et du maquillage communicationnel qui l'accompagnait.
Ce dont je ne vous ai pas parlé, c'est la façon dont on constitue une dette. Où l'on va chercher l'argent... et les taux qui les accompagnent.

Ainsi, partant de mon post sur l'euro et tentant de voir ce que cette zone avec d'unifiée, je me suis souvenu qu'en tout cas... ce qui ne l'était pas, c'était les taux d'intérêts des États européens. Un pays, un taux.

Un taux... ce taux est bien sur fonction du risque de crédit. Au plus le risque de défaillance est grand, au plus votre notation est mauvaise... au plus votre notation est mauvaise au plus votre taux d'intérêt est élevé. Une zone unique solidaire? Sûrement pas! Les taux sont différents pour chaque pays.

Ceci m'amène à vous parler de la constitution de la dette... (je vais essayer de pas devenir pénible aussi). Reprenons la définition de la dette telle qu'on la trouve sur le site de l'Agence de la Dette (ce monument de la communication Coué)
Dette de l'Etat fédéral
La dette de l'Etat fédéral couvre la dette émise ou reprise par le pouvoir fédéral ainsi que les dettes de certains autres organismes (notamment le FADELS) pour lesquelles l'État fédéral intervient dans les charges financières, à l'exclusion de la dette des entités fédérées (Communautés et Régions), des pouvoirs locaux, de la Sécurité Sociale, et à l'exclusion également des dettes garanties par l'État fédéral, dont ce dernier ne supporte pas effectivement les charges. 


Dette négociable
La dette négociable comprend les emprunts publics, c'est-à-dire ceux qui sont côtés en bourse ou sur un autre marché. Il s'agit essentiellement des obligations linéaires et des certificats de Trésorerie.

Cette dette négociable occupe une place prépondérante dans le total de la dette de l'État fédéral. A titre informatif, elle représentait 90,2% du total à fin décembre 2007
Donc, à ce jour, 90% de notre dette est négociable, cotée sur le marché. Comme de bien entendu, base de la finance, au plus votre dette est risquée, au plus le taux d'intérêts que vous paierez sera cher. Au plus l'État emprunte, au plus il a besoin de ressources pour rembourser. Les ressources d'un Etat sont caractérisées par son PIB. Et comme pour tout ménage, on estime qu'il vaut mieux qu'il n'emprunte pas une charge de dette de plus de 33% de son revenu disponible. Au plus un Etat s'approche de cette limite, au plus la chance qu'il tombe en faillite est grande.

Car, contrairement à ce qu'on pense, un État peut bel et bien faire faire faillite (ne plus faire face à ses engagement). C'est déjà arrivé (voir URSS où les pensionnés ont perdu tout droit à leur pensions, l'Argentine et sa débâcle des 90's et autres pays africains qui ne paient plus leurs fonctionnaires de manière chronique...).

Au plus un Etat approche de cette limite et au plus ses facteurs conjoncturels sont mauvais, au plus le financement de sa dette sera considéré comme risqué. De risqué, vous passez à pouri... quasi junk bonds... Et quand votre Etat ne peut se financer sur le marché interne (au plus il impose ses citoyens, au moins ceux ci ont de moyens pour prêter de l'argent à l'Etat n'est ce pas. Car, la dette est un moindre mal quand elle est empruntée auprès de sa propre population.) il se finance sur les marché internationaux. Ici, depuis 2000 environ, en Belgique (et je pense dans le reste de l'Europe), nous assistons à un glissement de l'emprunt. Les Etats ne se financent plus auprès de leurs citoyens mais sur les marchés internationaux.  Ils sont alors cotés par les Agences de Notations.
"Il en a résulté un glissement de la détention des OLO vers l'étranger. Ainsi, à fin 1998, le degré d'internationalisation des OLO mesuré par la part de celles-ci détenue par le reste du monde est passé de 19.9% en 1998 à 31.5% en 1999. Cette part est estimée à 40.2% pour l'année sous revue.(2000)" Maintenant, leur part atteint donc 76% sur les 75% des emprunts publics que représentent les OLO (et destinées uniquement aux "investisseurs institutionnels"). Les particuliers ne détiennent actuellement que 1,47% de la dette" (source Agence de la Dette)
Quand l'État emprunte... il va "titriser" la dette... Puis il la commercialise. Une fois émise, elle est négociable en bourse. Il va vendre sa dette en bourse quoi... Ça ne vous dit rien? Cette dette en bourse va faire l'objet d'échange entre les différents acteurs. Si cette dette devient à haut risque (regardez les ratings des agences), comme la dette grecque par exemple, les spéculateurs vont entrer en jeu... Il est aussi intéressant de suivre la dette US et son financement actuel...

...une dette pourrie qui se négocie en bourse entre spéculateurs... ça ne vous dit toujours rien? Et bien ce n'est rien d'autre qu'un subprime... Ça peut paraître tiré par les cheveux, il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui quand je vois les attaques spéculatives sur la zone euro, je ne peux m'empêcher à la fébrilité qui a précédé la crise des subprimes. Ici aussi nous nous retrouvons dans un contexte ou le potentiel de faillite est grand.

Les Subpimes? Les banques n'ont rien inventé, les États font ça depuis bien longtemps.

Reste la question... Les pays en questions sont ils systémiques? Pourrait-on les laisser couler?

a suivre : 
  • digression 2: les engagements hors bilan: quand les États nous montrent l'exemple
  • digression 3: la pyramide de Ponzi... Madoff n'a fait que copier notre système de pension

mercredi 10 février 2010

Sale & Lease Back perdant... vraiment?

La semaine dernière (semaine du 1er février 2010), différents journaux belges ont cru intéressant de sortir des chiffres concernant les opérations de Sale & Lease Back du gouvernement belge menées entre 2001 et 2006.

Quand on lit des articles d'une telle légèreté, on peut se demander si il n'y a pas là, en sous main, des personnes qui ont piloté les journalistes en leur fournissant ces données... mais sans leur expliquer comment fonctionnent les choses en matière financière. Il y a, selon moi, une intention probable de nuire Ministre des Finances ayant mis en place les Sale & Lease Back en prétendant que l'opération nous coûtera beaucoup d'argent.

Un Sale & Lease Back? C'est quoi?

Un Sale & Lease back (définition et principes détaillés sur Droit & Fiscalité) peut se définir comme étant une opération par laquelle une entreprise, propriétaire d'un bien corporel, vend celui-ci à une autre entreprise (opération de vente, le « sale ») pour ensuite, immédiatement, reprendre l'usage de ce même bien par le biais d'un contrat de leasing (opération de « lease back »).
Cette opération s'apparente en fait très largement à un leasing « classique », à la différence près que le bien faisant l'objet du contrat était précédemment la propriété juridique du preneur et que ce dernier l'a expressément vendu au donneur de leasing pour pouvoir réaliser l'opération de leasing et reprendre l'usage du bien.

Les objectifs d'une telle opération sont principalement d'ordre financier : la société qui réalise l'opération dégage temporairement des liquidités (le produit de la vente). La société devra néanmoins rembourser à la contrepartie qui consent le leasing les loyers (capital et intérêt). Comme dans le cas d'un leasing classique, elle disposera généralement d'une option d'achat au terme du contrat. 


A ma connaissance, le terme utilisé ici est donc faux car il n'y a pas d'option d'achat au terme du contrat de location. Nous serions donc plutôt dans une opération de "Sale & Rent Back" mais nous n'en serons pas à une approximation près.

Les "Chiffres"...selon lesquels c'est perdant...

Donc le tuyau, crevé, de nos agences de presse annonce triomphalement (je ne résiste pas à vous en faire un copier-coller):
(...)selon les chiffres publiés par la Régie des bâtiments, que les opérations de "sale and lease back" se révèlent extrêmement coûteuses. Ainsi, l’Etat devrait débourser 1,82 milliard d’euros dans les 25 prochaines années pour la location des bâtiments vendus entre 2001 et 2006, des bâtiments dont la vente n’a rapporté, à l’époque, que 1,3 milliard d’euros.(...)
Le reste de l'article détaille l'un ou l'autre détail pour l'un ou l'autre des 84 bâtiments ayant été mis dans le portefeuille de l'opération. Mais... l'intéressant reste les montants financiers globaux et le nombre d'années.
Je note aussi que De Morgen annonce lui un coût de 1,782 Milliard sur 25 ans...mais soit.

Outre l'aspect financier, il y a un autre motif d'importance qui atténuera encore la portée de cet article:
"Les bâtiments sont reloués mais après une rénovation profonde, prise en charge par le nouveau propriétaire."

Les Chiffres montrent une autre réalité: c'est rentable!

Actualisation

Premier principe oublié par nos journalistes... le principe de l'actualisation de flux..
L'actualisation consiste à ramener sur une même base des flux financiers non directement comparables qui se produisent à des dates différentes. Cela permet non seulement de les comparer mais également d'effectuer sur eux des opérations arithmétiques.

En Français dans le texte: 1 euro dépensé aujourd'hui ne vaut pas 1 euro dépensé demain. Parce qu'il y a l'inflation ou parce que vous touchez des intérêts etc. L'actualisation consiste à mettre tout ses euro sur un pied d'égalité à la date du jour.

Calcul simple:
  • Valeur Actuelle= VA
  • Flux au temps x =F
  • Taux d'actualisation = i (souvent le montant de la croissance ou de l'inflation)
  • Année de distance à date Actuelle = t
  • VA= F(1+i)^-t 
  • (ou "^" vaut pour "exposant)

Intérêts composés

C'est un peu la même chose que l'actualisation mais en se demandant combien un somme actuelle vaudra dans le futur. On considère que cette somme rapporte des intérêts chaque année, intérêt qui sont replacés au même taux. Notez que le taux d'intérêt doit être diminué de la valeur de l'inflation (souvent oubliée par nos banquiers quand ils nous annoncent de si "magnifiques" taux d'intérêts.

Calcul tout aussi simple
  • Valeur Future= VF
  • Capital de départ =K
  • Taux d'intérêt = x (prenons le net, donc diminué de l'inflation)
  • Année de distance à date Actuelle = t
  • VF= K(1+x)^t

Or donc, si je reprend les chiffres officiels:
  • on vend en 2006 pour 1.3 milliard d'euro
  • en 25 ans, on paiera un total de 1.82 milliard d'euro soit, pour faire simple: 72,8 millions par an de loyer.
  • Conclusion basique des journaleux: on perd beaucoup d'argent...
Calcul "économique" tenant compte du facteur temps
  • Pour un montant de 1.3 Milliard, dans une perspective pessimiste, nous pouvons espérer qu'on nous les rémunère à 5% (x)
  • Notre inflation restant modérée de par l'action de la BCE sur le long terme : 2%
  • Annuités de 72,8 millions d'euro
  • Valeur Future des 1,3 milliards à 3% sur 25 ans: 2,722 Milliard! 
  • Valeur Actuelle des 1,82 milliards avec une inflation de 2% sur 25 ans: 1,434 Milliard

Réflexions & rentabilité:
  1. Finalement, on ne perdrait que 520 millions sur 25 ans en nous basant sur "l'analyse" qui nous est fournie. Soit un minable 20,8 millions d'euro de perte par an. Quand on sait que nos ministres cherchent bon an mal an des sommes qui se mesurent en centaines de millions d'euro pour boucler les budgets, permettez moi de trouver que pinailler pour 21 minables millions d'euro par an, c'est juste du foutage de gueule. La note du caviste de "Papa" doit au moins faire deux fois ce montant... 3 fois même depuis que "Fils" est entré en politique.
  2. On omet soigneusement de mentionner le montant des rénovations (lourdes) des bâtiments en question. Sommes que l'État ne doit pas sortir et qui peuvent donc servir à autre chose et pourraient elles aussi rapporter des intérêts!
  3. Changement de propriétaire... pour autant que le propriétaire ne soit pas une institution européenne, il y a un précompte immobilier qui est désormais dû... aucune mention.
  4. Au terme des 25 ans, nous aurons peut être dépensé 1,82 Milliards d'euro... mais notre placement en aura rapporté 2,72 Milliards soit un gain de 900 Millions d'euro
  5. Si on le regarde plutôt à la valeur d'aujourd'hui: nous allons dépenser 1,434 Milliards mais nous en touchons 1,3 à la vente... soit une perte de 134 Millions, ce qui reste loin des 520 millions sous entendu. Ca ne représenterait même que 5,36 Millions par an...
  6. Même en admettant que l'on perde les 134 Millions... peut-on raisonnablement penser que les rénovations lourde des 84 immeubles auraient coûtés moins chers??? Un coût moyen inférieur à 2 Millions d'euro par bâtiment?
Comme je l'avais déjà posé dans un article  de février 2008, la qualité des journalistes "économiques" laisse de plus en plus à désirer. Quand j'en parle avec un ami journaliste économique, il m'explique qu'il ne faut pas s'attendre à grand chose quand on supprime les cours de math ou de statistiques du cursus des journalistes.

Je m'interroge sur l'intérêt de balancer aujourd'hui, de manière concertée et coordonnée, sans réflexion sur la méthode de calcul, une pseudo-information dont le contenu est connu depuis 2006... Pseudo information qui vise sans le dire le seul parti d'opposition de la région wallonne.

Je m'insurge quand je vois la manipulation manifeste des chiffres, la manipulation populaire que l'on met en place avec des approximations honteuses et indignes de ceux qui les ont pondues.
Cette manière tant de faire du journalisme que de la politique ne peut que me donner la nausée.

Oui, je pense néanmoins que les bâtiments ont été vendu trop peu chers, oui je pense qu'ils ont hélas agi dans l'urgence. Et encore. Je ne suis PAS expert immobilier... peut être que ces bâtiments ne valaient pas plus.
De plus, je suis de bon compte, l'Etat ne sera pas perdant!
Il a mal négocié certes mais avait du fixer un seuil minimum en dessous duquel il refuserait de descendre. La force de l'autre partie est d'avoir réussi à s'en rapprocher mais il ne l'a pas franchie!

L'Etat, donc la population, ressort gagnant de l'opération.
La méthodologie appliquée ici est forcément simplifiée mais je n'utilise que les quelques données mises en avant...et démontre une autre conclusion que celle qui est mise en avant dans le papier des journalistes...en tout opacité.

vendredi 5 février 2010

Grèce: un scénario crédible?

Ce jeudi 5 février, le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn suggérait aux pays de la zone euro "d'aider d'une façon ou d'une autre" la Grèce pour qu'elle surmonte ses problèmes.

Comparaison n'est pas raison... mais...

D'une façon ou d'une autre... et si la meilleure solution consistait à considérer que ne pas aider la Grèce était une véritable option?
Si on considérait que la Grèce ne représentait pas un risque systémique?
Que, par contre, l'aider ferait peser un poids trop lourd à une Europe toujours fragilisée par ses dernières intégrations?

Si on considérait que l'Europe, comme ces banques qui ont vu trop grand, a racheté trop de petites banques trop fragiles...et que certaines étaient même sur-gonflées de subprimes?
Maintenant, observons ce qu'ont fait les banques pour sauver le système? Ils ont provisionné des pertes et éliminés autant de branches pourries qu'ils ont pu. Ils ont constitués des fond d'actifs toxiques qu'ils ont vendu sur le marché. Le marché, en toute connaissance de cause, a acheté ses fonds misant qu'ils pourraient en retirer malgré tout plus que leur prix d'achat.

A ce compte, l'Europe prend un énorme risque en voulant sauver la Grèce à tout prix. L'Europe entame quasi le combat wallon pour la sidérurgie dans les années 80. Ca ne sert à rien... pire, ça risque bien de mettre tout le système en péril! Pire... ce sont les règles édictées par cette même Europe qui vont condamner la Grèce.

Car les engagements pris dans les différents traités instituant l'Union Européenne et l'Euro privent de facto l'Europe et les pays européens des outils classiques pour lutter contre la crise qui nous touche. On se prive, officiellement du moins, des armes monétaires et budgétaires... même l'outil inflationniste devrait rester limité. Je reviendrai sur ces points dans un futur post (promis, je ne tarderai plus deux mois la prochaine fois.) Les traités signés interdisent même explicitement à l'Europe de renflouer les dettes d'un des ses pays membres.

Et la Grèce, en ce moment, nous fait une partie de poker... elle pense que l'Europe ne la laissera pas tomber donc elle ne fait rien pour réellement s'améliorer. On n'a pas vraiment le choix... si on veut rester crédible nous devons désavouer la Grèce, la laisser tomber. Elle n'est pas systémique et servirait d'exemple pour tout pays membre tenté d'abuser de la faiblesse de la Commission et d'abuser de la solidarité des 26 autres membres.
Alors pourquoi sauver la Grèce? D'abord, ce ne serait pas "éducatif"... mais en sus, nous n'en avons plus les moyens. Avec quels fonds? L'Europe n'est pas encore à genoux mais demander aux pays, qui rament tous aujourd'hui avec des déficits, d'aller en plus aider ce membre à l'agonie. Quelles solutions? Creuser toujours plus les déficits? Nous porter garant de la dette grecque? Tenter de faire baisser le rating de la Grèce pour qu'elle puisse emprunter à meilleur prix?

Et si on laissait tomber la Grèce tout simplement?

Comme on a laissé tomber énormément de banques. C'est une chose qui est d'ailleurs peu connue en Europe mais outre Atlantique, on n'a sauvé que les banques systémiques (et on pense mettre en place des règles pour les éclater en plus petites entités non systémiques ou re-séparer leurs activités d'investissement de leurs activités collecte de l'épargne - prêt) et un bon nombre de banques ont fait la culbute (124 faillites bancaires à la fin Novembre 2009) ou ont été rachetées...

Le scénario? L'Europe déclare qu'elle ne peut supporter la Grèce. Scénario que les marchés semblent d'ailleurs utilisé cette hypothèse ces derniers jours malgré les appels rassurant de la BCE et du FMI.

La Grèce doit trouver à court terme 40 Milliards d'Euro et rien que pour l'année 2010...58 Milliards d'Euro. Qui va pouvoir lui avancer ses fonds? Aujourd'hui l'Europe semble être prête à participer mais à priori, le seul choix qui s'offre aux hellènes est le financement sur les marchés internationaux. Hors, nos voisins méditerranéens ont un rating de junk bond ou presque. Autant dire que tout prêt ne leur est accordé qu'avec un taux d'intérêt à la limite de l'usure vu le risque de faillite patent. (ces différences de taux d'intérêts pour des pays sensés être une union politique-économique et monétaire sont d'ailleurs très intéressant, j'y reviendrai prochainement aussi).

Les signaux actuels du marché montrent aussi que les acteurs financiers ne croient pas dans la mise sous tutelle de Bruxelles des pays du Club Med (que je préfère personnellement à PIGS... dont je pense aussi que, par exemple, l'Espagne n'y a pas sa place). Nos investisseurs ne pensent pas que la Commission oserait annuler un plan budgétaire d'un de ces pays si ce plan s'avérait inadéquat, il ne pense pas que la tutelle sera réellement effective. La BCE ne veut pas déstabiliser l'ensemble du système donc ne bougera pas pour la seule Grèce. Le FMI préfère une solution européenne à une solution de prise en main par le FMI. A plus d'un titre, j'avoue que si le FMI devait s'en mêler, l'Union Européenne s'en trouverait tellement décrédibilisée qu'on pourrait se demander si elle s'en relèverait.

Qui pour acheter la dette grecque alors?

Alors? Alors... il reste un acteur majeur qui s'offrirait bien une tête de pont en Europe... et ce sont nos meilleurs ennemis les chinois... Avouons d'ailleurs que nous sommes en train de fabriquer nous même les balles qui serviront à nous exécuter mais passons, c'est une autre histoire.

Ce sont d'ailleurs les Grecs qui ont discrètement sollicité nos amis chinois fin janvier pour que ceux ci achètent pour 25 Milliards d'Euro d'obligations (à un taux de 6,1%...). Les Chinois ont, officiellement, refusé mais acquerraient quand même une petite dizaine de Milliards discrètement. Ce refus chinois a d'ailleurs alimenté les spéculations sur le marché sur une possible sortie de la Grèce de la zone euro (ce que je prône personnellement)..

Pourquoi la Chine le ferait? Simplement parce que nous sommes entrés discrètement mais sûrement dans une nouvelle ère de guerre froide... certes discrète mais ou deux blocs sont face à face et posent leurs zones d'influences. La Chine face aux pays Occidentaux (USA/UE). La Chine qui est en train de doucement étendre sa zone d'influence, voire de contrôle, sur l'Afrique verrait d'un bon œil une porte d'entrée sur l'Europe...

Politique fiction

Tout ceci n'est bien sur que politique fiction à ce stade. Je suppute néanmoins à titre personnel que ce scénario est crédible. Aujourd'hui, l'Europe essaie de ne pas perdre la face. Demain, elle n'aura plus la force de porter le masque...

L'Europe abandonnera la Grèce...
La Chine achètera la dette grecque (comme elle le fait avec les USA....prenant doucement mais sûrement un grand contrôle économique et financier sur ce pays).

Ensuite... la Grèce quittera l'euro...
Ensuite... ensuite, je vais réfléchir à la suite potentielle de l'histoire... voyons déjà si mes prédictions se réaliseront dans les 2 ans à venir...