lundi 13 décembre 2010

L'ingéniérie fiscale? Avant tout la faute de l'Etat

Liberté du choix de la voie la moins imposée en matière fiscale.

« Il n'y a ni simulation prohibée à l'égard du fisc ni partant fraude fiscale, lorsque, en vue de bénéficier d'un régime fiscal plus favorable, usant de la liberté des conventions, sans toutefois violer aucune obligation légale, établissent des actes dont elles acceptent toutes les conséquences, même si la forme qu'elles leur donnent n'est pas la plus normale »
Arrêt Brepols, 8 juin 1961, Cours de Cassation.

L'Étude du PTB...

Récemment, le bureau d’étude du PTB publiait un document intitulé : «Top 50 des entreprises qui trompent le fisc ». Ce document fut joyeusement repris par nos quotidiens sans songer même à en rectifier le titre. Il eut en effet été plus judicieux de titrer par exemple « Top 50 des entreprises qui parviennent à drastiquement limiter leur imposition ».

En effet, le titre est trompeur et pourrait suggérer que lesdites entreprises fraudent le fisc de manière à ne pas, ou presque, payer d’impôts. Si ces entreprises ne paient pas, ou presque, d’impôt ce n’est pas pour autant qu’elles fraudent ou jouent de manœuvres illicites pour y parvenir. Elles se conforment strictement à la législation et droit fiscal. Petite revue des mécanismes, explication de leurs raisons d’être et critique du système.

Les mécanismes de la réduction d’impôts

Si les citoyens sont frappés d’IPP (Impôt des Personnes Physiques), les sociétés sont elles frappées d’ISOC (Impôt des SOCiétés). Le taux nominal de l’ISOC est de 33%. A cela, vous devez ajouter la Cotisation Complémentaire de Crise de 3% sur les 33% ce qui vous donne un taux de 33,99%.

Néanmoins, il faut savoir déjà que sous certaines conditions (que seules les PME et entreprises débutantes peuvent remplir), il est possible de bénéficier du taux réduit. Parmi ces conditions (d’autres portent sur l’actionnariat, la distribution de dividende et la rémunération du chef d’entreprise), le niveau du bénéfice imposable ne peut excéder 322.500€.


Mais alors comment font des entreprises qui font plus de 6 milliards de bénéfices pour payer un impôt…nul ?

Mécanisme 1 : Exonération des plus values sur actions

Dans certains cas, la plus value réalisée peut être totalement exonérée d’impôt. Petit exemple simple : j’achète 100 actions à 10€. Je les revends un an plus tard à 20€ l’action. Je fais donc 1.000€ de bénéfice. En temps normal et au taux ISOC je devrais payer 339,9€ à l’État, mais, je peux arriver à n’en payer que 0€.

Si officiellement toute entreprise soumise à l’ISOC peut en bénéficier, il faut pour cela que les entreprises prennent des participations ou achètent des actions…tout en prenant garde à ne pas dépasser le cadre de « la gestion de bon père de famille » ni de contrevenir à leurs statuts, ce qui souvent exclu de facto PME et TPE.

Pour bénéficier de l’exonération, il faut que :
  • les revenus de ces actions sont susceptibles d’être déduits au titre de RDT (voir plus bas ou j’explique ce mécanisme) MAIS SANS les conditions restrictives des RDT (participation de 10% ou valeur d’acquisition supérieure à 1,239 millions €)
  • cette exonération ne s’applique qu’aux plus-values réalisées. En d’autres termes, la plus-value doit être réalisée à la suite d’une vente, d’un échange ou d’un apport au sein d’une société.
  • Par conséquent, les plus-values exprimées sans être réalisées ne peuvent en bénéficier…soyons intelligents, généralement les entreprises s’abstiennent de mentionner ce genre de plus value dans ce cas.
Il est aussi intéressant de noter que la notion « d’action » est ici relativement large en ce sens que les autres titres dont les revenus sont considérés comme des dividendes (les droits d'enregistrement, bons de souscription, obligations convertibles, options sur actions, etc. ne sont pas visés) comptent aussi au nombre de ces valeurs.

Il est évident que pour parvenir à diminuer drastiquement son niveau d’imposition, il faut impérativement investir beaucoup. Ce genre d’investissement financier n’est pas la priorité d’une PME qui investira plutôt dans l’outil de travail, n’a pas la compétence pour ce genre d’investissement à risque, et risque de rapidement quitter la limite autorisée de ces statuts au risque de voir son activité requalifiée en « entreprise financière »…

Mécanisme 2 : Les Revenus Définitivement Taxés (RDT)

La déduction RDT (revenus définitivement taxés) revient à dire que seuls les bénéfices versés par la société qui paie des dividendes seront incorporés dans l'assiette imposable, tandis que le revenu des dividendes perçus par la société bénéficiaire sera diminué du résultat fiscal. Ce système est clairement limité aux grosses entreprises vu que les conditions comprennent en autre une participation de minimum 10% ou une valeur d’acquisition de minimum 1,234 million €. Notez aussi que je simplifie quelque peu le régime, il est en réalité plus complexe que la simplification ici présentée.

Ce régime des RDT a été introduit dans la législation fiscale belge pour éradiquer certains effets pervers rencontrés lors de la taxation des dividendes de sociétés.
Ceux-ci risquent en effet d’être soumis à une double imposition (en tant que bénéfices de la société dans son chef, puis comme bénéfices distribués aux actionnaires, dans leur chef) et parfois aussi à une imposition en cascade lorsque ces actionnaires sont eux-mêmes des sociétés qui rémunéreront leurs propres actionnaires.

Dans la plupart des pays, des mesures fiscales visent à éliminer ces effets en organisant des mécanismes tendant à taxer « définitivement » le dividende au niveau de la société qui le produit et à ne plus le taxer au titre de bénéfice de la société actionnaire qui le reçoit. Plusieurs techniques existent, à savoir :
  • ne pas inclure le dividende dans la base imposable de la société-actionnaire qui en a bénéficié (système de l’immunisation)
  • inclure ledit dividende dans cette base imposable, mais le déduire ensuite (système de la déduction)
  • inclure ledit dividende dans cette base imposable et déduire, de l’impôt calculé, l’impôt subi antérieurement (système du crédit d’impôt).
Le législateur belge a opté pour la deuxième solution (système de la déduction).
Petit exemple simple :
  • nous avons les sociétés A et B
  • la société A appartient à la société B
  • la société A fait un bénéfice de 1000€ et sera donc taxée à 33,99% (339,3€)
  • Il lui reste donc 660,7€. Elle décide d’octroyer un dividende de 500€.
  • La société B, actionnaire de A perçoit dont un dividende de 500€ qui se devrait d’être taxé comme revenu. SAUF, qu’il s’agit d’un revenu qui a DÉJÀ été taxé dans le chef de A. Il serait donc anormal de retaxer ce revenu.
  • Imaginons que B aie fait un bénéfice de 1.000€. Avec les RDT (système belge), on intègre les 500 € dans le résultat ==> Bénéfice de 1.500€ … pour le redéduire directement ==> 1.000€ de base imposable.
  • Si la société A est en Belgique et soumise à l’ISOC belge, le système se tient sans pour autant trop préjudicier à l’Etat

Pourquoi le régime RDT parait-il choquant à d’aucun ?

Le régime initial, introduit à cette époque, ne permettait pas d’éliminer ce que l’on a qualifié « d’usages impropres de la loi », qui consistaient, en substance, pour un contribuable, à s’organiser pour que les dividendes soient préalablement soumis au régime fiscal d’un pays étranger à faible imposition, afin d’obtenir une déduction fiscalement plus rentable dans le régime belge.

Reprenons notre exemple simple :
La seule différence est que nous allons localiser le siège fiscal de la société A à l’étranger, par exemple, pour rester en Europe, en Irlande…
  • nous avons les sociétés A et B
  • la société A appartient à la société B
  • la société A fait un bénéfice de 1.000€ et sera donc taxée à 12,5% (125€)
  • Il lui reste donc 875€. Si on garde l’idée que A conserve le même ‘net’, elle décidera d’octroyer un dividende de 714,3€.
  • Avec ce système B recevra donc un net de 714,3€ et non de 500€ sans pour autant préjudicier la société A…

Par contre, en ayant localisé le siège fiscal en Irlande…l’Etat belge aura perdu 214,3€…
Encore une fois, j’ai simplifié les exemples car les moyens mis en œuvre par certaines sociétés pour éluder au maximum l’impôt passe par des montages bien plus complexes.

Mécanisme 3 : les Intérêts Notionnels (IN)

Je vous passe l’historique de leur création, sachez juste que ce système a été mis en place par l Etat belge pour palier la disparition du système des Centres de Coordination comme demandé par l’Union Européenne.

Le but réel des Intérêts Notionnel est avant tout de diminuer le taux d’impôt des sociétés pour tenter d’obtenir un taux réel plus proche de la moyenne européenne et éviter les fuites de capitaux à risque vers des cieux plus cléments. Il permet aussi plus d’équité entre les sociétés qui empruntent et celles qui mettent des capitaux propres dans une entreprise.

Pour le dire autrement, les IN réduisent ainsi la discrimination fiscale entre le financement avec capital emprunté et le financement avec capital à risque. En effet, dans le cas de fonds empruntés, l’intérêt payé est déductible de la base imposable alors que dans le cas de fonds propres, les dividendes ne le sont pas.

Le système consiste donc à considérer qu’une société prenant le risque de mettre capitaux prendre ne devrait pas être discriminée face à une société qui emprunte la même somme.

Prenons un exemple simple (encore une fois je précise que les vues sont simplifiées hein) :
  • La société A est capitalisée à hauteur de 1.000€
  • La société B se finance par emprunt à hauteur de 1.000€
  • Les deux sommes se retrouvent au passif de mon bilan mais n’auront pas le même traitement fiscal.
  • Posons que A et B fassent chacun un bénéfice de 100€
  • Pour la société A, les 100€ seront intégralement soumis à l’ISOC. Soit un impôt de 33,99€.
  • Pour la société B, les intérêts de l’emprunt, disons du 5% soit 50€, seront déductibles du bénéfice et la base imposable sera de 50€. Soit un impôt de 17€
  • On encourage donc à emprunter plutôt que travailler en auto-financement, cela ravit les banques mais augmente le risque économique (on incite à la création de surendettement).

Avec les IN, l’État accepte que le Capital Risque soit considéré comme un emprunt avec un taux de 4,473%. (intérêt notionnel basé sur le taux des OLO à 10 ans)

Notre exemple deviendrait alors :
  • La société A peut déduire l’intérêt fictif  sur son capital risque
  • Soit 1.000*4,473% soit 44,73€
  • Sa base imposable passe donc à 100-44,73= 55,27€ soit un impôt de 18,79€.
  • La société A disposera donc d’un bénéfice à affecter (distribuer, mettre en réserve, réinvestir) de 81,25€ au lieu des 66,01€ sans les IN.
  • La société B quant à elle disposera de 33€ dans les 2 cas.

Ce système est équitable et utile pour soutenir l’activité des PME et les aider à rester concurrentielle dans un monde globalisé où l’ISOC belge figure parmi les plus haut du monde.

En effet, imaginons que notre PME ait pour concurrente une entreprise C de taille comparable avec le même capital en Irlande :
  • Quant A paie 33,99€ d’ISOC sans les IN
  • C paie 12,5€ d’ISOC…
  • Grace aux IN on ramène le taux effectif à 18,79% soit 18,79€.
Si le système ne nous permet pas de battre l’Irlande (j’admets avoir aussi pris le taux le plus bas de l’UE), il nous rapproche à tout le moins de la moyenne européenne

Mais alors qu’est qui est choquant ?

Dans la perversion du système, le jeu des sociétés ici consiste à localiser le siège de la multinationale en Belgique, la capitaliser au maximum…consolider les bénéfices dans cette entité (qui n’a pas besoin de beaucoup de main d’œuvre), et grâce aux intérêts notionnels de voir leur bénéfice imposable fondre comme neige au soleil.

Mécanisme 4, 5, …

Les trois premiers mécanismes sont très utiles quand vous dégagez du bénéfice…mais le meilleur moyen d’éviter l’impôt est finalement encore de ne pas avoir de bénéfices à imposer. A cet égard, les groupes et autres holdings offrent un éventail de possibilité pour le moins imposant. Il serait fastidieux de les aborder tous ici. Retenons simplement qu’il est facile de diminuer le bénéfice de A situé en Belgique si dans le même groupe j’ai B ou C dans des pays à fiscalité plus intéressante.

Par exemple, je peux demander à B de vendre très cher du matériel à A…le bénéfice de A qui serait lourdement taxé s’en retrouverait fort amoindri tandis que le bénéfice de B situé dans un pays à fiscalité faible s’enrichirait.

Je peux aussi avoir C qui vend du matériel à perte, je consolide la perte de C dans l’entreprise A…et avec un peu de chance, je peux même reporter cette perte sur plusieurs exercices chez A si bien que le résultat comptable est une perte alors que la société A est en bénéfice…ce sont ici des mécanismes qui ne respecte par l’esprit de la loi ni l’esprit d’une saine concurrence mais bien montés, ils sont très difficile à démonter.

Justification

Pourquoi donc ces régimes existent-ils ? Tout simplement parce que l’arsenal fiscal est tel en Belgique que nous atteignons un des taux ISOC les plus élevés du monde. Ne nous leurrons pas, le Belgique c’est quoi à l’échelle du monde ? Une entreprise fait 100km et la voilà hors de nos frontières. Alors pour éviter un exode lent, l’Etat belge concocte des régimes d’exception permettant de faire effectivement baisser le taux ISOC.

Il n’est pas étonnant que seules les plus grosses entreprises puissent s’en servir…le TPE, la PME, c’est un peu le tissus social, ce sont des « boites de terroirs » qui ne sont pas aussi mobiles que leurs grandes sœurs. Puis il faut des moyens pour décoder l’arsenal de l’ingénierie fiscale. Les TPE et les PME n’ont ni le temps ni les moyens de s’y consacrer.

On a besoin de ces régimes "spéciaux" pour maintenir ou localiser en Belgique des entreprises, augmenter leur niveau de capitaux propres (donc les rendre plus solides), inciter à maintenir des profits dans les entités belges et les ré-investir en Belgique.

On en a aussi besoin car qui dit entreprises dit aussi emploi, bénéfices taxables même si amoindris par les techniques d’ingénieries fiscales. Au final, il vaut toujours mieux un petit bénéfice à taxer que pas de bénéfices car pas d’entreprises n’est ce pas. Puis l’emploi créé génère des salaires qui sont eux imposés à l’IPP…

Donc une cette tuyauterie fiscale permet de conserver en Belgique des multinationales et des centres de décisions qui autrement seraient peut-être partis.

Critique

…mais ça…c’est la théorie. Le problème est justement de devoir recourir à des systèmes complexes pour atteindre un but simple. Il y a deux façons de voir les choses : soit le système est voulu complexe soit le système est devenu complexe de manière incontrôlée au fur et à mesure que l’Etat s’est rendu compte qu’il devait palier son trop haut niveau d’imposition.

J’ai parfois tendance à penser que le système - comme l’IPP, les politiques d’aide à l’emploi etc- , est voulu complexe dès le départ. Qui dit complexité, dit contrôle, qui dit contrôle dit paperasserie et pourrait ainsi justifier le travail de milliers de fonctionnaires.

Mais qui dit complexe, dit surtout qu’au plus on rend un système complexe, au plus, tout en restant au sein de ce système, on peut jouer avec les règles qui le régissent. On peut s’échapper du système plus facilement aussi. Chaque règle pour contraignante qu’elle puisse avoir l’air offre en réalité une nouvelle porte de sortie ou un opportunité de jouer avec le système.

Ce qui n’a jamais échappé aux entreprises ou même aux personnes physiques. Rajoutez une règle ? Rajoutez un effet pervers !  

Voilà comment on finit par se retrouver en Belgique avec des sociétés ultra-capitalisées, composées d’une dizaine de personnes, qui consolident les comptes de la multinationale, qui elle occupe des centaines de milliers de personnes aux quatre coins du monde, mais pas en Belgique (vous savez ce que coûte un emploi en Belgique vous ? On a le ratio coût-salaire net parmi les plus élevé au monde), mais surtout…qui ne paient pas d’impôts.

Chacune des règles mises en place a sa justification, n’en doutez pas. Mais derrière, il est évident que quand on est imposé lourdement, on cherche à s’en servir pour limiter son degré d’imposition. Après, on peut critiquer du peu d’effet que ces règles ont eues sur l’emploi. Le manque de contrainte dans l’utilisation des mécanismes : les lois n’imposent pas aux entreprises de créer de l’emploi, de localiser les activités consommatrice de main d’œuvre en Belgique, ou de limiter les RDT à des impôts réellement payés ET comparable au niveau belge. Ce ne sont pas les entreprises qui ont voté ces lois. Evidemment que si j’offre quelque chose à quelqu’un sans « l’obliger » à me donner une chose en contrepartie, elle ne me donnera rien.

On donne le bâton pour se faire battre. Mais en aucun, aucun cas on ne peut accuser les entreprises de profiter d’une situation qu’elles n’ont pas créées. Ni de les accuser, comme l’ont fait certains journaux, de tromper, voire frauder le fisc. Elles choisissent, comme tout bon père de famille la voie la moins imposable en respectant scrupuleusement la loi.

Alors aux rangs des critiques, j’ai :
  • Un taux ISOC trop élevé, trop de taxes frappant le travail (à Bruxelles, une entreprise est susceptible d'être frappé de 96 taxes différents!)
  • Des règles trop compliquées ou trop coûteuses à mettre en place pour des TPE ou des PME qui représentent pourtant plus de 90% de l’emploi privé en Belgique
  • Trop de règles en général d’ailleurs

Des solutions ?

Ce sont des solutions simples dont je parle depuis les débuts de ce blog. Vous voulez limitez les effets pervers ? SIM-PL-FI-ER !

Une règle simple est une règle facile à contrôler ! C’est plus facile à contrôler, il y a donc moins d’échappatoires possibles. C’est plus facile à contrôler, ça nécessite moins de personnes pour la contrôler et ça va nettement plus vite.

Vous voulez attirer des entreprises en Belgique ? DI-MI-NU-ER LE NIVEAU DE TAXATION !

Un impôt juste est un impôt qui est payé. Vous voulez augmenter les recettes de l’Etat ? Diminuer l’impôt ! Ca vous parait simpliste ? Les exemples de meilleure perception et d’augmentation des revenus des Etats par la baisse d’impôts existent.Diminuer l'impôt, c'est rendre notre pays aussi attractif que ces voisins à taxation plus modérée voir plus attractif si vous vous mettez en situation de concurrence fiscale. Ce sera bien plus efficace que les road shows du gouvernement Verhofstad pou aller expliquer les Intérêts Notionnels à l'étranger.

Vous voulez attirez des entreprises, les inciter à capitaliser tout en créant de l’emploi ? Diminuez les charges sur le travail ! Les chômeurs seront alors impayables ? Faux, pour un emploi créé, vous pouvez financer deux chômeurs de plus alors qu’il y en a un en moins !

Garantir les revenus de l’Etat ? Evidemment ! Car en parallèle de la simplification et de la baisse d’impôts, vous faites disparaître les niches fiscales en tout genre ! Vous limitez les déductibilités etc.

Jusqu’ici des relents idéologiques ont empêché des solutions simples (certains diront simplistes sauf que je leur répondrai que là où elles ont été mises en place, l’économie et la société se portent très bien et que tant qu’on ne veut pas essayer ici on ne peut me dire que ça ne marche pas !) d’être mises en place jusqu’ici.

Alors on peut accuser le TOP 50 des entreprises d’avoir soustrait 14 milliard € à l’Etat, mais c’est un mauvais débat, un très mauvais procès. Tout bon père de famille qui à les moyens de le faire le fera aussi. Ce qui est regrettable, c’est que tant à l’IPP qu’à l’ISOC quand dans tous les plans d’aides ne profitent en général qu’à ceux qui en ont le moins besoin mais qui ont les moyens d’étudier cette complexité. Simplifier, c’est aussi permettre à tous des plus égaux face à l’impôts.


Sources utilisées pour cet article :
http://www.ccrek.be (Cour des Comptes)
http://minfin.fgov.be (Site du SPF Finances)
http://www.ecosubsibru.be (Portail des aides en Région Bruxelles Capitale)

lundi 22 novembre 2010

Brink's: l'indispensable travail des chiffres

Ou encore: le travail que n'ont pas effectué les journalistes qui couvrent le conflit social...


Depuis quatre semaines, la Belgique vit au rythme du conflit social à la Brink's, société de transport de fonds représentant 25% de part de marché.

Pour résumer au mieux la situation, la société en perte était en cours de restructuration quand le conflit social s'est installé et la grève fut décidée par les syndicats. La pierre d'achoppement du conflit portait sur deux points: le changement de statut des travailleurs et la revente de la partie (rentable) du transport de diamants à une filiale créée pour l'occasion. 
Depuis lors, le blocage est total et les journaux, devant le silence obstiné de la Brink's se contentent alors de relayer les messages des seuls communicants de ce conflit: les syndicats et les politiques. Permettez moi de dire que la Brink's devrait d'urgence engager un communicateur de crise à défaut d'être reconnue coupable médiatiquement.

Pour mieux comprendre le conflit et, tenter, de comprendre l'entreprise, j'ai donc effectué un petit travail de recherche, facile, sans ambition. J'ai, je pense, effectué un travail que tout journaliste attaché à l'objectivité et au travail de qualité aurait du faire.  Je le répète encore une fois: facile, modeste et sans ambition. Je me suis contenté, outre les journaux, de confronter les déclarations et les chiffres disponibles à la Centrale des Bilans de la Banque Nationale Belge. Les comptes annuels de toute société y sont disponibles, gratuitement. Il est donc incompréhensible de n'avoir trouvé aucune objectivation dans les journaux traitant de cette affaire.

Mise en garde: je ne prétends pas que ce que j'écris est la Vérité révélée. Je me contente d'analyser les données disponibles. Je n'ai pas accès à la comptabilité complète de la société ni aux éléments internes. Je tente donc juste de donner un autre point de vue sur base d'éléments dont on peut disposer. Parfois, le dessous des cartes est bien différent. Les chiffres prennent en compte les années 2003 à 2008 incluse. Ceux ci reflètent suffisamment la situation financière et le bilan social de la Brink's même si je regrette de ne pas disposer du dernier exercice publié (2009).

Une concertation sociale et une restructuration étaient ils nécessaires?
La réponse à cette question est indéniablement oui. La réalité des chiffres est impitoyable:
  • 2003: perte de l'exercice 1.93 millions €  (dont 1.73 de perte d'exploitation)
  • 2004: perte de l'exercice 2.61 millions €  (dont 2.65 de perte d'exploitation, compensée par une produit exceptionnel)
  • 2005: perte de l'exercice 8.08 millions € (dont 8.12 de perte d'exploitation...)
  • 2006: perte de l'exercice 1.18 millions € (dont 0.98 de perte d'exploitation)
  • 2007: perte de l'exercice 0.76 millions € (mais un bénéfice d'exploitation de 0.31 millions)
  • 2008: perte de l’exercice 2.00 millions € (dont 1.2 de perte d’exploitation)
Ce qui donne les pertes cumulées suivantes (désolé pour cette litanie de chiffres, mais vu certaines affirmations, elle me semble nécessaire)
  • 2003: 4.97 millions €
  • 2004: 7.58 millions €
  • 2005: 15.66 millions €
  • 2006: 16.84 millions €
  • 2007: 17.60 millions €
  • 2008: 19.60 millions €

L'exercice 2005 est, vous le voyez avec les chiffres, un peu particulier avec une perte particulièrement forte. Celle-ci s'explique par le fait que la même année, Brink's a procédé à une restructuration (en même temps qu'ils injectaient de l'argent...) qui lui a causé des charges de restructurations particulièrement lourdes. Il faudrait que je me penche sur les archives de journaux pour en avoir confirmation mais si je lis bien les chiffres, cette restructuration lui aura coûté 4.8 millions €. Si on regarde le bilan social, on s'aperçoit que la même année, Brink's fait une dotation pour provision de pension de 3.5 million d'euro. Je présume donc que c'est un coût lié à la mise en pré-retraite d'un certain nombre d'ouvriers (47 d'après le bilan social de 2006).
On oublie souvent de mentionner ce genre de chose dans les conflit sociaux, mais une restructuration n'est pas une opération gratuite pour les entreprises et souvent ne peut aller de pair qu'avec une injection d'argent frais pour pouvoir y faire face.

Pro memoriam, j'ai aussi jeté un œil au bilan social
J'effectue les mesures en ETP (équivalent temps plein) pour faciliter les choses.
  • 2003: 511 ETP pour un  coût horaire 28.46 €
  • 2004: 501 ETP pour un coût horaire 29.28 €
  • 2005: 478 ETP pour un coût horaire 31.50 €
  • 2006: 429 ETP pour un coût horaire de 32.11€
  • 2007 : 407 ETP pour un coût horaire de 33.48€
  • 2008 : 420 ETP pour un coût horaire de 34.10€
On voit une lente érosion de l'emploi (excepté en 2005 et sa restructuration) et une augmentation du coût horaire en 5 ans de 19,81%... Il est évident que sur base des chiffres dont je dispose, une restructuration était inévitable à moins de décider de déposer le bilan.

Questions et réflexions :
Question reçue sur Twitter: "Ces pertes ne sont-elles pas "artificielles" causée par un coût de licence annuel dû à la société mère aux USA?)"
Je ne pense pas. Quand je regarde les comptes annuels du moins, je ne trouve aucune trace d'une telle licence. Ni en charge, ni en amortissement quelconque.
Par contre, si on décortique un peu les charges de la société on se rend compte que la charge des rémunérations s'élève à environ 62% du coût d'exploitation.  Pour 31% ce sont des « services et bien divers » (soit en gros les frais de fonctionnements) et pour 10% les amortissements et réductions de valeurs sur frais d’établissement. Ce dernier poste serait par ailleurs intéressant à creuser plus avant si nous disposions des éléments complets.

Un syndicaliste : "La société Brink's empochait les bénéfices! Qu'on aille les chercher où ils sont!"
Outre le fait que je démontre plus haut que depuis 2003, (et probablement avant vu qu'il existait déjà des pertes reportées...), la Brink's n'a pas fait le moindre bénéfice.  Je note aussi que la société Brink's, malgré les pertes consécutives n'a cessé d'injecter de l'argent dans la filiale belge
  • Ainsi, en 2004, on peut noter une augmentation de capital de 5 million €. En effet, sans cette augmentation de capital, les capitaux propres de l'entreprise, négatifs déjà en 2003 (-848 k€) seraient passés à -3.5 million € entraînant de facto la faillite de l'entreprise dès 2005 au plus tard.
  • En 2005 par ailleurs, la situation ne s'améliore pas! Les capitaux propres de l'entreprise repassent en négatif: -6.5 million €. 
  • La réaction en 2006 ne se fait pas attendre: nouvelle injection de capital pour éviter le dépôt de bilan, dont acte: 12.5 millions d'euro supplémentaires sont injectés dans l'entreprise permettant au capitaux propres d'atteindre près de 5 millions €.  
  • Brink's n'empochait pas les bénéfices mais investissait sur le long terme, s'acharnant à prendre des parts de marché et à faire vivre l'entreprise et ses travailleurs!
La Brink's a au total libéré un capital de 21 millions €. Vingt et un millions d'euro. Dont 17.5 en 4 ans pour la recapitaliser et la faire vivre sur le long terme.

Mesdames et messieurs les journalistes, cessez d'être des portes paroles de partis, de syndicats ou de patrons! Quand on vous affirme ce genre de chose, est-il si compliqué d'aller vérifier?

La cession a Brink's Diamond
Nous avons bien sur tous entendu parler de la revente de l'activité de transport de diamants et d'objets de valeur à la société Brink's Diamond. Les syndicats ont défendu que l'on vendait une activité rentable qui permettrait de redresser l'entreprise.
Réflexion: cette activité rentable pourrait, éventuellement, être conservée au sein de l'entreprise si globalement cette entreprise était en bénéfice. Ce ne serait malgré tout pas sain et une société commerciale n'a pas pour but de subsidier des activités déficitaires de ses autres branches. Ici, on pourrait concevoir que l'activité permettait de faire survivre la Brink's le temps que celle-ci parvienne à conquérir suffisamment de parts de marché que pour être rentable.
Las, malgré les injections de fonds et le temps qui passe, l'entreprise reste déficitaire. Donc soit on la coule tout à fait, soit on en extrait les activités rentables permettant ainsi de conserver un certain volume d'emploi et d'activité pour repartir.

L'abus de bien social 
Mots particulièrement prisés qui font directement penser à un patron qui s'est "barré avec la caisse"... en réalité, la société Brink's a revendu l'activité de transport de diamant, et, l'argent est directement reparti chez son unique actionnaire, la Brink's US. Je ne suis pas ultra compétent dans ce domaine et je laisserai les experts et la justice en débattre. Je tenais juste à mentionner que non, le patron n'est pas parti avec la caisse (qui était par ailleurs vide, il n'y avait plus de liquidités dans la société). A ce jour, l'abus de bien social n'est par ailleurs aucunement prouvé et jugé comme tel.

La faillite frauduleuse
La encore, on pêche par omission. Quand on parle de faillite frauduleuse, et que les syndicats ont des journalistes pour porte-voix, ça donne des discours du genre: on a truqué les comptes pour faire paraître la société comme déficitaire et se débarrasser à bon compte du personnel.
NON, NON, NON trois fois NON! Tout d'abord, les comptes sur 8 années sont impitoyables, la société ne faisait pas de bénéfices! 
Je doute que Brink's aie préparé sa faillite depuis 2002! Si tant est que ce soit le cas, que le même syndicaliste vienne m'expliquer comment on prépare une faillite en injectant plus de 17 millions € dans une entreprise! Si le but n'est pas de la faire vivre et lui donner un avenir, alors je suis communiste...
Ici, la procédure d'aveu de faillite n'a pas été respectée, le dialogue social n'a pas été mené à son terme, et les administrateurs n'avaient plus le mandat pour faire aveu de faillite. Voilà ce que recouvre cette faillite frauduleuse si tant est qu'elle soit un jour jugée comme telle.

Le conflit social
Partie intéressante s'il en est. Comme je l'ai mentionné au début de cet article, deux pierres d'achoppements:
Le statut et la revente de Brink's Diamond. J'ai parlé de la seconde, penchons nous sur la fameuse question du statut et des conditions...
Pour résumer, la Brink's est prête à réinjecter (once more!) de l'argent frais pour faire perdurer l'entreprise en état de faillite. Pour ce faire, elle propose une restructuration et un changement de statut de ses travailleurs.
Chaque partie est donc prête à faire un effort... (et ceci démontre encore une fois que la faillite n'était pas le but recherché vu que la direction s'apprêtait une fois de plus à injecter du capital!)

Mais si les syndicats sont prêts à accepter les efforts salariaux, les cadences plus élevées et d'autres aménagements, ils n'acceptent en aucun cas le passage du statut employé au statut ouvrier.

On est réellement dans un conflit qui dépasse le cadre de la Brink's, on est dans un combat de symbole du à l'incapacité des partenaires sociaux depuis plus de 10 ans d'harmoniser les statuts. Les statuts ouvriers et employés...cet anachronisme du système belge.

En quoi ce changement de statut résoudrait-il les problèmes de rentabilité de la Brink's
Et bien...en rien. 
Le coût salarial resterait le même. A peu de chose près, seules les procédures de licenciements, de démissions et de préavis changeraient (en se simplifiant et se raccourcissant). De même, en cas de maladie, le jour de carence (premier jour non presté) ne serait plus à charge de l'employeur. Soyons sérieux, cela n'améliorerait pas grandement la rentabilité.
Le seul argument de la Brink's est que le statut ouvrier est la norme du secteur (on peut en effet difficilement dire que les transporteurs de fonds effectuent un travail de bureau).
Il est donc difficile de trancher réellement cette question, et je peux comprendre les syndicats qui craignent les licenciements collectifs plus aisés. Combat de symboles...menant à la grève...et comme le personnel, enjeu du bras de fer patronat-syndicat (l'enjeu pour eux est bien plus large que la Brink's, aucun ne peut céder sur cette question symbolique) refusera de passer sous statut ouvrier, la société ne sera pas recapitalisée...et sera donc forcée de faire aveu de faillite. L'issue est évidente. On ne peut pas forcer quelqu'un à maintenir et à subsidier une activité déficitaire.

Là par contre où je hurle, c'est quand j'entends que la faillite a été fabriquée de toute pièce quand tout démontre le contraire. Je trouve terriblement dommage que la Brink's ne communique pas sur les faits et chiffres comme je l'ai fait plus haut.

Transports par la BNB, l'Etat casse la grève?
Durant cette grève, les clients de la Brink's n'étaient donc plus alimentés en argent...ni déchargés des sommes qu'ils avaient en dépôts. En conséquence, et après quelques semaines de grève, la Ministre de l'Intérieur a décidé que des transports de fonds spéciaux de la BNB, sous escorte, allaient aller rechercher l'argent dans les magasins pour des raisons de sécurité.
Les syndicats ont hurlé que l'Etat cassait la grève...
Réflexion par rapport à cette affirmation aussi stupide que mensongère et criminelle pour les magasins regorgeant ainsi de liquidités:
  1. Le droit de grève, c'est le droit de ne pas travailler. Ce n'est pas empêcher les autres travailleurs de travailler ou bloquer un site industriel.
  2. Le droit de grève, c'est le droit pour les employés d'une entreprise de ne pas travailler et de la mettre sous pression. Ici, la pression n'a pas été relâchée par les transports de la BNB. Ils n'ont pas été effectué par Brink's, Brink's n'en profite pas, l'outil de travail Brink's n'a pas été utilisé, Brink's n'a pas engagé d'intérimaires ou autres pour effectuer le travail.
  3. Le droit de grève, ce n'est pas mettre la population en danger parce que des magasins ne parviennent plus a évacuer les liquidités, produits de leurs ventes.
L'Etat a respecté le droit de grève, n'a en aucun cas "cassé" la grève, la Brinks n'ayant retiré aucun avantage de l'action de l'Etat.

La reprise...
Enfin, au fil des jours, j'entends que des repreneurs se présentent pour reprendre tout ou partie de la Brink's. Bien entendu, les syndicats campent sur leur position et les travailleurs sont finalement otages d'un conflit qui les dépasse totalement. Les syndicats ne peuvent céder sur la question du statut. La Brink's a, permettez moi l'expression, déconné en n'acceptant pas le status quo sur cette question par trop symbolique et aurait pu obtenir de belles avancées sur d'autres parties.
Les repreneurs potentiels, eux non plus, ne pourront lâcher le symbole du statut...ce sera le statut ouvrier ou rien. Mon avis est que Brink's finira bel et bien en faillite. Non pour cette question de symbole mais parce que de toute façon elle n'était pas rentable...mais bon, ça permet un baroud d'honneur à chaque partie.


Ce billet est un billet sans grande prétention, j'essaie de remettre les éléments en perspective et d'effectuer, brièvement entre mes différentes activités professionnelles et privées, une analyse qui n'a pas été effectuée jusqu'ici. J'ai aussi essayé d'être mesuré et équilibré, neutre autant que je le pouvais.

Je tenais à ce que la froideur des chiffres et l'objectivité reprennent un peu le dessus dans un débat passionné mais qui comme les mini-jupes fini par cacher l'essentiel. Derrière ce conflit, il y a aussi un réalité économique pour pénible soit-elle.

mercredi 24 février 2010

Carrefour: ne crions pas avec les loups!

Les journaux l'ont annoncé avec fracas ce mardi 23 février, Carrefour, numéro 2 mondial de la Grande Distribution va fermer 21 magasins et licencier 1.672 travailleurs.
Depuis, je lis partout que c'était annoncé, que c'est honteux, que c'est la faute du management qui a manqué de vision, etc...

Je vais dans ce billet nager un peu à contre-courant de tout ce qui peut se dire tout en n’exonérant pas Carrefour et son management des fautes et erreurs commises.

Un partie de mon analyse repose sur un très bon article du soir d’avril 2009 (Le Soir 4 avril 2009) . qui m’a été communiqué par @karimmajoros (encore merci)

Je comprends très bien l’émotion face au drame social. Je comprends la rage et la tristesse des travailleurs et des syndicats. Il n’en reste pas moins que certaines affirmations sont pour le moins osées. Mon but n’est pas d’expliquer pourquoi Carrefour en est arrivé là, je ne suis pas expert dans le domaine de la Grande Distribution mais bien de m’offusquer quelque part des hurlements sur l’échec de carrefour.

Les raisons invoquées

Il est néanmoins important que je fasse un court paragraphe sur les raisons qui ont mené Carrefour à l’échec qu’il connaît aujourd’hui. Pour ce faire, je vais réutiliser ce que j’ai pu lire par ailleurs sans préjuger de leur « vérité », je le répète, je ne suis pas expert du secteur.

-Le manque de vision de la direction. (rappelons qu’une vision ne porte ses fruits qu’à long terme ~5ans), on ne peut donc pas aussi facilement que ça corriger le tir
-Un positionnement Commercial flou. Carrefour s’est trompé de concurrent à son arrivée en Belgique. Le changement tardif de positionnement pour contrer son réel concurrent a ensuite brouillé son image
-Trop de marques, trop de formats entre les ex GB-Express, les GB, les Carrefour, les Hyper…on finissait tous par s’y perdre
-Un coût de personnel élevé. On invoque un coût supérieur de 29% par rapport à la concurrence.
-Un dialogue social difficile : qui ne se souvient des blocages des grands magasins Carrefour à chaque initiative de la direction ?
-Un format en perte de vitesse : de fait, et Carrefour travaille énormément ces deux dernières années à réduire la taille de ses grandes surfaces
-Un Parc Immobilier en mauvais états… mais il n’appartient pas à Carrefour… l’achat des magasins il y a 10 ans à donné lieu à la revente des murs à une société Hollandaise Reveco…

Ceci pour les raisons.

Stupeur et hurlement : Carrefour le nouveau Grand Satan…

S’il y a une chose qui m’insupporte au plus au point en ce moment, c’est le «haro sur Carrefour», ce sont les hurlements anti-Carrefour, ce sont tous ces journalistes et autres politiciens qui fustigent soudain Carrefour le laissant apparaître comme une mauvaise entreprise, sans cœur et pleine de reproche. Cette médiocrité, je ne la supporte pas !

Dans toutes les courses, il y a un gagnant, il y a un perdant.

Voilà, c’est dit, c’est moche mais c’est comme ça ! Carrefour en Belgique, ce sont dix années tentées pour s’imposer. Et vous savez quoi ? Si Carrefour avait réussi, ce serait peut être Colruyt, Mestagh ou Delhaize qui aurait dû retsructurer !

La naissance, le vie et la mort des entreprises font partie du cycle économique menant à l’mélioration de la qualité, à l’innovation, à la baisse des prix etc.

Ca n’enlève rien au drame social, ça explique juste que Carrefour a réellement voulu s’implanter et réussir ici. Il a échoué. Et croyez moi, vu les plumes qu’il y a laissé, il ne l’a assurément pas fait exprès !

Si on refuse que les magasins se fassent concurrence, soit. Alors passons à l’économie planifiée où tout les magasins sont égaux… et où tout le monde est mal servi !

10 ans de pertes…

Carrefour en Belgique, ce sont 10 années de perte et de non rentabilité !
Alors avant de hurler que Carrefour c’est un «gros méchant», je n’ai entendu personne dire «Merci»…
«merci de vous être obstiné pendant 10 ans», «merci d’avoir racheté GB», «merci d’avoir tenté», «merci d’avoir proposé un autre modèle».

Pendant 10 ans, Carrefour a assumé ses pertes contre vents et marrées. Alors qu’il réussit partout dans le monde, il échoue sur la Belgique.. et bien oui. Il aurait pu se retirer plus tôt, il ne l’a pas fait.

Il va même tenter une nouvelle opération de sauvetage.

Des acquis sociaux enviés par les employés des concurrents

Derrière les hurlements syndicaux, je n’ai entendu personne dire : «en fait, Carrefour au lieu de racheter GB, aurait du laisser fermer tout les magasins et relancer la chaîne avec un modèle social from scratch».

Quand il y a 20 ans Geert Noels a fait un job d’étudiant chez GB, il gagnait 65.000bef alors que pour le même job chez les concurrents, un student n’en gagnait que 40.000. Qui s'en plaignait?
Aujourd’hui encore, le coût d’un salarié chez Carrefour en Belgique et de 38% plus élevé que dans les autres pays frontaliers. Ce sont des coûts salariaux qui restent supérieurs à la concurrence locale (on parle de 29%.)

Alors, le management a peut être manqué de vision, mais avant de critiquer le retrecissement nécessaire du personnel, ce même personnel pourrait remercier Carrefour de les avoir mieux payé, mieux traités que la concurrence.

Condamnation de l’échec

Dans un pays qui manque cruellement d’entrepreneurs et de créateurs, fustiger l’échec est le meilleur moyen de dire aux gens : SURTOUT NE TENTEZ RIEN !

D’ailleurs, c’est aussi dans ce même pays qu’on est montré du doigt quand on réussi, qu’on est traité de fraudeur quand on entreprend, qu’on est jalousé de nos résultats mais jamais de notre dose de travail !

Carrefour, ce sont 4 grands managers qui se sont fait virer en dix ans. Carrefour a essayé, des hommes ont «sautés» aussi au niveau du management. Alors, il y peut être 1.672 perte d’emplois aujourd’hui… mais soulignons les 15.000 que le groupe Carrefour occupe en Belgique.

1.672 emplois perdus ? Chez Carrefour sans doute

Mais la majorité de ces personnes retrouveront plus que probablement un emploi dans les sociétés ou franchisés qui reprendront ces sites ! Plutôt que de parler de tout casser, voyez comment construire votre futur que diable.

Par contre, effectivement, on ne peut leur garantir le modèle social qui fut le leur. A force de refuser de revoir ses "acquis sociaux", on finit par les perdre tous.

Le roseau qui ne plie pas finit par craquer

A pousser toujours plus loin la logique du blocage, du status quo et du refus du changement, les syndicats portent aussi une part de responsabilité.

A force de s’opposer à tout changement, a ne pas vouloir devenir plus flexibles sous prétexte d’acquis sociaux, il ne faut pas s’étonner que le navire finissent par couler sous le poids des contraintes venue d’une autre époque. Les contraintes changent mais on veut conserver le modèle… ce genre de chose ne marche pas.

Wal Martisation

Le cas Carrefour illustre aussi le phénomène low-cost et ce que j’ai appelé la Wal-Martisation de la société. Ne rêvez pas, pour augmenter votre pouvoir d’achat, vous voulez acheter toujours moins cher.

Moins cher, moins rentable mais dans un modèle à haut coût social. Vous avez le choix, soit vous revoyez vos standards à la baisse soit vous acceptez que consommer, ça coûte de l’argent quelque part.

Cessons de crier avec les Loups.

Encore une fois, les causes sont multiples, mais ne comptez pas sur moi pour massacrer Carrefour !

Je suis abasourdis de lire les réactions d’un président de parti, Elio Di Rupo, qui dit «Carrefour a manqué de vision».

Et monsieur Di Rupo ? Qu’a-t-il géré pour nous donner d’aussi brillantes leçons de gestion ? La Sabena (faillie)… l’ex-RTT devenue Belgacom (combien de plan sociaux pour s’adapter ?). Quelle est la vision de Monsieur Di Rupo ? Nous ressortir des bains de sang social et des crises libérales à tout bout de champs ? Elles sont où les belles avancées de son parti ? (les réactions des autres partis furent tout de même plus retenues et plus constructive…enfin, heureusement que le PS est à tout les niveaux de pouvoir, sans lui c’aurait été le bain de sang social…)

Je suis peiné de lire les réactions des journalistes qui bêlent bêtement avec le troupeau. Oui, certes, il y a aujourd’hui un important plan social, oui, 1.672 personnes vous perdre leur emploi chez Carrefour mais il est plus que probable qu’une bonne partie d’entre elles soient reprises par les repreneurs des différents sites !

A côté de ça, quels sont les journalistes qui parlent des 15.000 emplois directs de Carrefour ? Des pertes assumées pendant 10 ans ? Cessez, je vous prie, de cracher sur ceux qui créent de la richesse et financent la sécurité sociale de ce pays !

Carrefour a tenté une aventure, il a échoué (et pas encore totalement au passage) jusqu’ici : il ne quitte néanmoins pas la terre de son échec et nul ne peut présager du futur ! Merci Carrefour de tenir depuis 10 ans et d’offrir 15.000 emplois dans notre pays.

Carrefour n’a pas gagné mais c’est aussi le modèle dans lequel on vit qui veut ça. Merci Carrefour de vous obstiner comme vous le faites, malgré les obstacles !

Carrefour a fait des erreurs. Mais le manque de flexibilité et les blocages face aux changements n’ont sûrement pas aidé à les corriger.
Malgré cela, Carrefour reste !
Que Carrefour ET les partenaires sociaux tirent les leçons de ces 10 années d’histoire et permettent une nouvelle tentative qui peut être cette fois réussira.

Cette aventure, c’est Carrefour, ce sont les salariés de Carrefour et les partenaires sociaux de Carrefour qui doivent la relever.

lundi 22 février 2010

Disgression 3: Pension par redistribution... la très Officielle pyramide de Ponzi

Principe de la Pyramide de Ponzi

Est-il besoin de ré-expliquer le Principe de la Pyramide (ou Chaîne) de Ponzi? Pour ceux qui ont loupé un épisode, et en faisant bref:

Imaginons que quelqu'un propose un investissement à 100 % d'intérêts : vous lui donnez 10 euros, il vous en rend 20 au bout d'un an. Logiquement, et du moins, ce qu'il vous en dit, c'est qu'il a "créé" de la valeur, "créé" de la richesse en investissant cet argent dans une activité qui est très rentable.

En réalité, il vous rend vos 10 euro. Les 10 autres euro viennent de 6 nouveaux entrants dans le système. L'idée est que pour rémunérer l'investisseur x, on fasse entrer peu après 6 nouveaux investisseurs. (source du schéma: US Securities & Exchange Commision)

Ainsi, sur une ligne du temps, à l'année 0, je rentre dans la pyramide, je mets 10 euro.
Année +6mois, j'ai 6 personnes qui entrent : 6x10 euro
Annéé + 1 an: je reçois 10 euro d'intérêts. Les 50 autres servent à rémunérer d'autres participants et de "commission". Qui s'offusquera que le gestionnaire d'un fond aussi rentable se rémunère aussi bien?

Bien sur... avec un pareil système, on s'aperçoit qu'au 13eme niveau...nous dépassons la population mondiale, donc impossible à financer.  Le système est viable tant que la clientèle afflue, attirée en masse par les promesses financières (et d'autant plus tentantes que les premiers investisseurs sont satisfaits et font une formidable publicité au placement).

Le phénomène fait alors boule de neige, entretenu tant que l'argent rentre et permet de payer à 100 % les nouveaux investisseurs. L'organisateur prend une commission, bien compréhensible lorsque l'on voit les promesses qu'il fait, et qu'il tient. La chaîne peut durer tant que la demande suit la croissance exponentielle imposée par ce système, les clients arrivant par 6, 36, 216, etc. Lorsque la chaîne se coupe, la bulle éclate : tous les derniers investisseurs sont spoliés. Sont gagnants ceux qui ont quitté le navire à temps et, surtout, l'organisateur.

Le principe est donc tout bête: on ne capitalise pas, on redistribue aux primo investisseurs (ou non... ils n'ont en fait à la limite même pas du mettre le premier cent... la seul premier degré important, c'est la deuxième ligne...) ce qu'on engrange par l'arrivée des nouveaux entrants...


Maddoff...

Donc, voici peu, éclate un des plus grands scandales financiers de notre époque, le scandale Maddoff qui a appliqué savamment cette escroquerie quasi aussi vieille que les mathématiques. Sont tour de force aura d'avoir réussi à faire tenir le système pendant 48 ans...
L'homme d'affaires américain Bernard Madoff, président-fondateur d'une société d'investissements et très actif dans le NASD et NASDAQ, a créé un schéma de Ponzi qui a fonctionné pendant 48 ans, de 1960 à la crise financière de 2008. C'était un gérant de hedge fund qui promettait des retours sur investissements relativement élevés, de l'ordre de 8 à 12 % par an. Mais ce qui sortait le plus de l'ordinaire avec les performances qu'affichaient ses fonds était l'absence de retours négatifs sur de très longues périodes et une volatilité (l'équivalent du risque de l'investissement) très faible. Autre indice alarmant, à la clôture de chaque exercice, Madoff déclarait être liquide, c'est-à-dire détenir tous ses avoirs en liquidités, et ainsi ne publia jamais de relevés indiquant la quelconque possession de titres financiers. Enfin, les titres sur lesquels il disait investir, notamment des options sur indices, n'étaient pas assez liquides pour « absorber » les volumes qu'un fonds de la taille de celui de Madoff aurait engendré. L'utilisation de modèles mathématiques financiers, des clients réputés, des postes élevés dans l'administration, l'assuraient d'un prestige important. Lorsque de nombreux clients ont souhaité retirer leurs avoirs de sa société d'investissement lors de la crise financière de 2008, ils se rendirent compte que les caisses étaient vides et qu'ils avaient perdu tout leur argent. Avant son arrestation, Bernard Madoff gérait officiellement 17 milliards de dollars. (source Wikipedia)

Les Pensions ont largement précédé Maddoff...

Bien entendu, nous avons, suite à cette affaire, entendu pis que pendre sur le libéralisme, le capitalisme, et bla et bla et bla... Et pourtant... j'ai bien peu entendu que ce cher Maddoff n'a finalement que peu de mérite. Le seul qu'il ait est d'avoir tenu 48 ans, d'avoir réussi à passer à travers de multiples audits (et il faudra quand même qu'on m'explique comment ces audits étaient menés soit dit en passant) et d'avoir été un communicateur et marketeur génial... ok, ce n'est pas rien quand même quand on y pense.

Mais bon... encore une fois le système existe depuis longtemps. Ponzi c'est un arnaque qui date de 1921... Et qui depuis la deuxième guerre mondiale est même très officiellement appliquée par la majorité des pays européens... dans le plus grand silence et la plus grande ignorance des populations.

Nos systèmes de pensions sont en effet basées sur la redistribution et non la capitalisation. Ainsi, sous prétexte de "solidarité inter-générationnelle" ou de "droits acquis", les travailleurs d'hier (qui ont... ou n'ont pas cotisés... car à l'origine du système, les premiers bénéficiaires des pensions n'avaient jamais cotisés)  perçoivent une rente payée par les travailleurs d'aujourd'hui.

En effet, quand vous financez le système des retraites, vous n'épargnez pas pour vous même, l'argent perçu est intégralement redistribué au bénéficiaire de l'étage du dessus... ça vous rappelle quelque chose?
Ce système est évidemment performant tant que votre pyramide des âges et vos courbes démographiques produisent toujours plus de descendants. Non, quand vous cotisez pour votre retraite, cet argent n'est pas épargné!

Pire... dans nos civilisations européennes, le taux de natalité est aujourd'hui trop faible, le pourcentage de personnes âgées est en constante augmentation et l'espérance de vie ne cesse d'augmenter, la proportion d'actif ne cesse de baisser... en langage Ponzien, les étages du dessus ont un gros soucis à se faire, il n'y a plus assez d'entrants dans la pyramide! C'est encore pire pour les entrants actuels...il n'ont aucun espoir qu'un nombre d'entrants suffisants apparraisse. Les couches les plus basses de la pyramide investissent à fond perdu. On le sait... on le tait et on les oblige même à continuer à financer alors qu'eux n'auront rien. (voir les origines et l'évolution du système du Carhop... Intéressant car du même constat, il propose des solutions différentes, logiques de pas son orientation. Ici, mon propos n'est pas le futur du système mais le constat. Je constate qu'un niveau du constat au moins, nous sommes d'accord.)

La bulle est à la veille de l'éclatement. Et que nous dit-on? "Tout va très bien Madame la Marquise" et tout idée même de transition vers un système à capitalisation est rejeté au nom d'une pseudo solidarité. ...plus triste: ce problème n'est pas neuf, j'ai retrouvé des articles de presse de 1979 signalant le problème à venir. Oh, je sais, on me dira que la faillite est souvent annoncée mais ne s'est jamais produite. En attendant la pression sur les "financeurs" du système n'a cessé de croître.

Alors, oui, clairement, Maddoff est un escroc qui doit être condamné... mais au même titre que les Etats imprévoyants qui nous bercent de douces illusions et nous laissent entrevoir un Eden dont ne bénéficient que les étages supérieurs de la pyramide... et le gestionaire du fond (nos différentes autorités pléthoriques) ne l'oublions pas. 

mardi 16 février 2010

Digression 2: Les Engagements hors bilans... ou la dette cachée des Etats

Après la première digression  sur les Subprimes et les Etats, en voici un autre sur les Engagements Hors Bilan des Etats. Alors que nos Etats critiquent (à raison!) le "window dressing" effectué pour embellir les comptes de certaines entreprises, nous nous appercevons qu'ils ne font guère mieux.  Et ici... dans le cadre des soucis rencontrés par la zone Euro, les engagements hors bilan suscitent encore plus de spéculations... ce qui m'amena à la digression numéro 2...

Vous souvenez des affaires Enron? Andersen? Lernout & Hauspie? Grosses affaires que celles-la... Faillites retentissantes, pertes immenses pour les actionnaires et encore et toujours la même technique: les engagements hors-bilan. Soit la "non comptabilisations" d'obligations (comprenez dettes explicites ou potentielles) d'une entreprise masquant le risque réel et la hauteur réelle des dettes.

Pour bien appréhender ce que ça représente, il faut comprendre la manière dont on estime la valeur d'une entreprise. Surtout...d'une entreprise cotée en bourse.

Valeur d'une entreprise

Pour un économiste, la valeur de l'entreprise est égale à la somme actualisée des cash-flows (solde des flux de trésorerie, flux n'étant pas égal à profits) futurs. Le cash-flow est incertain car futur. Il s'agit d'une estimation incertaine donc comporte un risque.Toute l'intelligence consiste à estimer convenablement le risque pour calculer la "prime de risque" au plus proche. Cette "prime de risque" sera ensuite introduite dans le taux d’actualisation : plus l’incertitude est grande, plus le taux d’actualisation est fort, moins la valeur de l’entreprise est élevée, c'est conforme au bon sens.

Ne retenons que l’essentiel : le regard de l’économiste est orienté vers le futur. Il raisonne sur des anticipations dont il s’efforce d’apprécier l’incertitude ; il tient compte de cette incertitude dans l’évaluation de la valeur de l’entreprise.(source et détails sur le blog de Michel Volle)

Pour un comptable, la valeur de l’entreprise est égale à son actif net, c’est à dire à la valeur de ce qu’elle possède (capital physique, actions d’autres entreprises, trésorerie, créances) diminué de ses dettes. Le regard du comptable est donc orienté vers le passé lors duquel les actifs se sont accumulés ; il évalue leur valeur en se fondant sur des informations qu’il trouve dans des pièces écrites et contrôlables.

Ces règles, qui visent principalement à limiter le risque de fraude ou de contestation de l'assiette fiscale, n'ont pas nécessairement de consistance économique. Une machine totalement amortie est supposée avoir une valeur nulle même si elle est encore pour l’entreprise un facteur de production efficace.

Enron, Lernout & Hauspie? Même combat...

Pour embellir leurs comptes, donc obtenir une valeur boursière supérieure à leur "vraie" valeur (que celle-ci soit comptable ou "économiste", il existe différentes façons de faire. Cela peut aller du gonflement artificiel du résultats à la consolidation en passant par les engagements hors bilan.

La technique qui m'intéresse ici (et retenons bien que ce n'est pas la seule qui fut pratiquée!) est la méthode des engagements hors bilan.

Un engagement hors bilan, c’est une dette qui ne figure pas au bilan parce qu’elle a un caractère aléatoire. Ainsi, par exemple, l’entreprise qui a réglé en actions l'achat d'une autre entreprise s’est engagée à verser du « cash » au cas où le cours de l'action passerait au-dessous d’un seuil convenu. L’engagement se transforme en dette si la condition se réalise, sinon il reste inopérant : c’est pourquoi la dette est aléatoire. Souvent l’engagement hors bilan n’apparaît pas du tout dans les comptes. Parfois il n'est même pas mentionné dans les commentaires : l’entreprise ne donne pas au comptable le détail de tous contrats qu’elle a passés.

Les engagements hors bilan sont des amplificateurs de risque. Si tout va bien, les conditions qui déclencheraient la dette ne se réalisent pas et l’engagement hors bilan s’annule de lui-même. Par contre, si le risque se réalise, les engagements hors bilan se réveillent et ils vous enfoncent encore davantage.

Le but de l'occultation de cette dette potentielle est d'embellir le bilan, d'améliorer son rating, augmenter son cours de bourse etc...mais c'est in fine, tromper les actionnaires sur la valeur réelle de l'entreprise et son profil de risque.

Nos États : inspirateurs de Enron, Lernout & Co?

Il y a une chose intéressante dans les traités. La façon de calculer la dette d'un Etat... Comme je l'ai déjà signalé, la dette des Etats est composée d'emprunts à court ou long terme, domestique ou internationaux, à taux fixe ou variable. ...ça, c'est la dette officielle, on peut la calculer, établir des budgets pour la rembourser etc.

Il existe néanmoins une forme de dette... dette qui contrairement aux engagements hors bilan n'est pas vraiment aléatoire. Ce sont les engagements de pensions que les Etats prennent auprès de leurs citoyens.

La dette publique au sens du Traité de Maastricht est la valeur nominale de tous les engagements bruts (sous la forme de numéraire et de dépôts, de crédits et de titres autres que les actions, à l'exclusion des produits financiers dérivés) en cours à la fin de la période (année, trimestre) du secteur «administrations publiques», à l'exception des engagements dont les actifs financiers correspondants sont détenus par le secteur «administrations publiques».
Les engagements dont question ci-avant visent les catégories suivantes : numéraires et dépôts, crédits et titres autres qu'actions, à l'exclusion des produits financiers dérivés, selon les définitions du SEC 95. (source Agence de la Dette)
Ainsi, la dette ne retient que les engagements financiers "explicites", c'est-à-dire l'ensemble des engagements financiers que l'État s'est engagé explicitement à payer, notamment de manière contractuelle, comme ses emprunts. Cela met de côté les engagements dits "implicites", comme les retraites futures des fonctionnaires. Cette convention statistique, à l'inverse de la précédente, a tendance à sous estimer la dette publique.

Une des raisons est que ces engagements restent incertains:  bien sur, on ne sait si demain le (futur-) retraité sera vivant ou mort. Mais les tables de mortalité, les courbes démographiques et les statistiques nous permettent d'avoir une idée assez précise des engagements en matière de pension. Et pourtant... on maintient les engagements, la dette des pensions cachés comme un engagement hors bilan. La dette officielle de nos Etats occulte totalement cette réalité. 

L'autre "excuse" est que ces engagements n'ont aucunement le même caractère impératif qu'un engagement contractuel : sur le plan strictement légal, l'État ne prend aucun engagement financier à l'égard de ses agents. Il peut, par exemple, baisser à tout moment les retraites, ou allonger la durée de service pour bénéficier d'une pension.

Les pensions, engagement futur s'il en est...mais engagement quand même ne font pas partie de la Dette de nos Etats. Le gouffre est donc bien plus important que ce qui nous est annoncé.

Nos Etat maquillent leurs comptes... comment pourraient ils attendre que des entreprises n'imitent pas l'exemple venu d'en haut?

A ce sujet, j'attends toujours que l'on déterre la véritable dette de la Wallonie. Car hors les pensions, prendre des engagements fermes d'investissement...ne pas les budgéter (ce qui a été fait massivement par "Papa"...mais ces "investissements et engagements n'ayant aucun caractère aléatoire...peut on vraiment parler de "hors bilan"?)

...étant entendu que je trouve la pratique malhonnête...que ce soit pour les États ou les sociétés... l'idée étant de démontrer que nos États ne sont absolument pas plus vertueux que les entreprises qu'elles passent leur temps à critiquer.

Ces dettes qui aujourd'hui causent bien des soucis à la zone Euro... et nous voyons qu'en sus...elles sont sous-estimées.

dimanche 14 février 2010

Digression 1 : En matière de subprimes, les banques n'ont rien inventé...

Désolé pour ceux qui attendaient le billet sur l'euro, la zone euro et son avenir...(toujours lié au sauvetage...ou non de la Grèce d'ailleurs) il est bien plus complexe que prévu et m'emmène dans des séries de digressions qui alourdissent mon propos. Voici une de ses digressions.

Depuis deux ans, nous entendons beaucoup parler de la crise bancaire et des subprimes... digression 1.
Peu avant, rappelez-vous, nous avons connu Enron ou Lernout & Hauspie sous nos latitudes...Les engagements hors bilan? Ingénierie très officielle des Etats. Digression 2
Il y eu aussi Madoff et sa pyramide de Ponzi... Et... si finalement ils n'avaient rien inventé? Digression 3

Subprimes? Ou la spéculation sur les dettes d'États...

Au moins de juin, je vous avais parlé de la Dette Belge et du maquillage communicationnel qui l'accompagnait.
Ce dont je ne vous ai pas parlé, c'est la façon dont on constitue une dette. Où l'on va chercher l'argent... et les taux qui les accompagnent.

Ainsi, partant de mon post sur l'euro et tentant de voir ce que cette zone avec d'unifiée, je me suis souvenu qu'en tout cas... ce qui ne l'était pas, c'était les taux d'intérêts des États européens. Un pays, un taux.

Un taux... ce taux est bien sur fonction du risque de crédit. Au plus le risque de défaillance est grand, au plus votre notation est mauvaise... au plus votre notation est mauvaise au plus votre taux d'intérêt est élevé. Une zone unique solidaire? Sûrement pas! Les taux sont différents pour chaque pays.

Ceci m'amène à vous parler de la constitution de la dette... (je vais essayer de pas devenir pénible aussi). Reprenons la définition de la dette telle qu'on la trouve sur le site de l'Agence de la Dette (ce monument de la communication Coué)
Dette de l'Etat fédéral
La dette de l'Etat fédéral couvre la dette émise ou reprise par le pouvoir fédéral ainsi que les dettes de certains autres organismes (notamment le FADELS) pour lesquelles l'État fédéral intervient dans les charges financières, à l'exclusion de la dette des entités fédérées (Communautés et Régions), des pouvoirs locaux, de la Sécurité Sociale, et à l'exclusion également des dettes garanties par l'État fédéral, dont ce dernier ne supporte pas effectivement les charges. 


Dette négociable
La dette négociable comprend les emprunts publics, c'est-à-dire ceux qui sont côtés en bourse ou sur un autre marché. Il s'agit essentiellement des obligations linéaires et des certificats de Trésorerie.

Cette dette négociable occupe une place prépondérante dans le total de la dette de l'État fédéral. A titre informatif, elle représentait 90,2% du total à fin décembre 2007
Donc, à ce jour, 90% de notre dette est négociable, cotée sur le marché. Comme de bien entendu, base de la finance, au plus votre dette est risquée, au plus le taux d'intérêts que vous paierez sera cher. Au plus l'État emprunte, au plus il a besoin de ressources pour rembourser. Les ressources d'un Etat sont caractérisées par son PIB. Et comme pour tout ménage, on estime qu'il vaut mieux qu'il n'emprunte pas une charge de dette de plus de 33% de son revenu disponible. Au plus un Etat s'approche de cette limite, au plus la chance qu'il tombe en faillite est grande.

Car, contrairement à ce qu'on pense, un État peut bel et bien faire faire faillite (ne plus faire face à ses engagement). C'est déjà arrivé (voir URSS où les pensionnés ont perdu tout droit à leur pensions, l'Argentine et sa débâcle des 90's et autres pays africains qui ne paient plus leurs fonctionnaires de manière chronique...).

Au plus un Etat approche de cette limite et au plus ses facteurs conjoncturels sont mauvais, au plus le financement de sa dette sera considéré comme risqué. De risqué, vous passez à pouri... quasi junk bonds... Et quand votre Etat ne peut se financer sur le marché interne (au plus il impose ses citoyens, au moins ceux ci ont de moyens pour prêter de l'argent à l'Etat n'est ce pas. Car, la dette est un moindre mal quand elle est empruntée auprès de sa propre population.) il se finance sur les marché internationaux. Ici, depuis 2000 environ, en Belgique (et je pense dans le reste de l'Europe), nous assistons à un glissement de l'emprunt. Les Etats ne se financent plus auprès de leurs citoyens mais sur les marchés internationaux.  Ils sont alors cotés par les Agences de Notations.
"Il en a résulté un glissement de la détention des OLO vers l'étranger. Ainsi, à fin 1998, le degré d'internationalisation des OLO mesuré par la part de celles-ci détenue par le reste du monde est passé de 19.9% en 1998 à 31.5% en 1999. Cette part est estimée à 40.2% pour l'année sous revue.(2000)" Maintenant, leur part atteint donc 76% sur les 75% des emprunts publics que représentent les OLO (et destinées uniquement aux "investisseurs institutionnels"). Les particuliers ne détiennent actuellement que 1,47% de la dette" (source Agence de la Dette)
Quand l'État emprunte... il va "titriser" la dette... Puis il la commercialise. Une fois émise, elle est négociable en bourse. Il va vendre sa dette en bourse quoi... Ça ne vous dit rien? Cette dette en bourse va faire l'objet d'échange entre les différents acteurs. Si cette dette devient à haut risque (regardez les ratings des agences), comme la dette grecque par exemple, les spéculateurs vont entrer en jeu... Il est aussi intéressant de suivre la dette US et son financement actuel...

...une dette pourrie qui se négocie en bourse entre spéculateurs... ça ne vous dit toujours rien? Et bien ce n'est rien d'autre qu'un subprime... Ça peut paraître tiré par les cheveux, il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui quand je vois les attaques spéculatives sur la zone euro, je ne peux m'empêcher à la fébrilité qui a précédé la crise des subprimes. Ici aussi nous nous retrouvons dans un contexte ou le potentiel de faillite est grand.

Les Subpimes? Les banques n'ont rien inventé, les États font ça depuis bien longtemps.

Reste la question... Les pays en questions sont ils systémiques? Pourrait-on les laisser couler?

a suivre : 
  • digression 2: les engagements hors bilan: quand les États nous montrent l'exemple
  • digression 3: la pyramide de Ponzi... Madoff n'a fait que copier notre système de pension

mercredi 10 février 2010

Sale & Lease Back perdant... vraiment?

La semaine dernière (semaine du 1er février 2010), différents journaux belges ont cru intéressant de sortir des chiffres concernant les opérations de Sale & Lease Back du gouvernement belge menées entre 2001 et 2006.

Quand on lit des articles d'une telle légèreté, on peut se demander si il n'y a pas là, en sous main, des personnes qui ont piloté les journalistes en leur fournissant ces données... mais sans leur expliquer comment fonctionnent les choses en matière financière. Il y a, selon moi, une intention probable de nuire Ministre des Finances ayant mis en place les Sale & Lease Back en prétendant que l'opération nous coûtera beaucoup d'argent.

Un Sale & Lease Back? C'est quoi?

Un Sale & Lease back (définition et principes détaillés sur Droit & Fiscalité) peut se définir comme étant une opération par laquelle une entreprise, propriétaire d'un bien corporel, vend celui-ci à une autre entreprise (opération de vente, le « sale ») pour ensuite, immédiatement, reprendre l'usage de ce même bien par le biais d'un contrat de leasing (opération de « lease back »).
Cette opération s'apparente en fait très largement à un leasing « classique », à la différence près que le bien faisant l'objet du contrat était précédemment la propriété juridique du preneur et que ce dernier l'a expressément vendu au donneur de leasing pour pouvoir réaliser l'opération de leasing et reprendre l'usage du bien.

Les objectifs d'une telle opération sont principalement d'ordre financier : la société qui réalise l'opération dégage temporairement des liquidités (le produit de la vente). La société devra néanmoins rembourser à la contrepartie qui consent le leasing les loyers (capital et intérêt). Comme dans le cas d'un leasing classique, elle disposera généralement d'une option d'achat au terme du contrat. 


A ma connaissance, le terme utilisé ici est donc faux car il n'y a pas d'option d'achat au terme du contrat de location. Nous serions donc plutôt dans une opération de "Sale & Rent Back" mais nous n'en serons pas à une approximation près.

Les "Chiffres"...selon lesquels c'est perdant...

Donc le tuyau, crevé, de nos agences de presse annonce triomphalement (je ne résiste pas à vous en faire un copier-coller):
(...)selon les chiffres publiés par la Régie des bâtiments, que les opérations de "sale and lease back" se révèlent extrêmement coûteuses. Ainsi, l’Etat devrait débourser 1,82 milliard d’euros dans les 25 prochaines années pour la location des bâtiments vendus entre 2001 et 2006, des bâtiments dont la vente n’a rapporté, à l’époque, que 1,3 milliard d’euros.(...)
Le reste de l'article détaille l'un ou l'autre détail pour l'un ou l'autre des 84 bâtiments ayant été mis dans le portefeuille de l'opération. Mais... l'intéressant reste les montants financiers globaux et le nombre d'années.
Je note aussi que De Morgen annonce lui un coût de 1,782 Milliard sur 25 ans...mais soit.

Outre l'aspect financier, il y a un autre motif d'importance qui atténuera encore la portée de cet article:
"Les bâtiments sont reloués mais après une rénovation profonde, prise en charge par le nouveau propriétaire."

Les Chiffres montrent une autre réalité: c'est rentable!

Actualisation

Premier principe oublié par nos journalistes... le principe de l'actualisation de flux..
L'actualisation consiste à ramener sur une même base des flux financiers non directement comparables qui se produisent à des dates différentes. Cela permet non seulement de les comparer mais également d'effectuer sur eux des opérations arithmétiques.

En Français dans le texte: 1 euro dépensé aujourd'hui ne vaut pas 1 euro dépensé demain. Parce qu'il y a l'inflation ou parce que vous touchez des intérêts etc. L'actualisation consiste à mettre tout ses euro sur un pied d'égalité à la date du jour.

Calcul simple:
  • Valeur Actuelle= VA
  • Flux au temps x =F
  • Taux d'actualisation = i (souvent le montant de la croissance ou de l'inflation)
  • Année de distance à date Actuelle = t
  • VA= F(1+i)^-t 
  • (ou "^" vaut pour "exposant)

Intérêts composés

C'est un peu la même chose que l'actualisation mais en se demandant combien un somme actuelle vaudra dans le futur. On considère que cette somme rapporte des intérêts chaque année, intérêt qui sont replacés au même taux. Notez que le taux d'intérêt doit être diminué de la valeur de l'inflation (souvent oubliée par nos banquiers quand ils nous annoncent de si "magnifiques" taux d'intérêts.

Calcul tout aussi simple
  • Valeur Future= VF
  • Capital de départ =K
  • Taux d'intérêt = x (prenons le net, donc diminué de l'inflation)
  • Année de distance à date Actuelle = t
  • VF= K(1+x)^t

Or donc, si je reprend les chiffres officiels:
  • on vend en 2006 pour 1.3 milliard d'euro
  • en 25 ans, on paiera un total de 1.82 milliard d'euro soit, pour faire simple: 72,8 millions par an de loyer.
  • Conclusion basique des journaleux: on perd beaucoup d'argent...
Calcul "économique" tenant compte du facteur temps
  • Pour un montant de 1.3 Milliard, dans une perspective pessimiste, nous pouvons espérer qu'on nous les rémunère à 5% (x)
  • Notre inflation restant modérée de par l'action de la BCE sur le long terme : 2%
  • Annuités de 72,8 millions d'euro
  • Valeur Future des 1,3 milliards à 3% sur 25 ans: 2,722 Milliard! 
  • Valeur Actuelle des 1,82 milliards avec une inflation de 2% sur 25 ans: 1,434 Milliard

Réflexions & rentabilité:
  1. Finalement, on ne perdrait que 520 millions sur 25 ans en nous basant sur "l'analyse" qui nous est fournie. Soit un minable 20,8 millions d'euro de perte par an. Quand on sait que nos ministres cherchent bon an mal an des sommes qui se mesurent en centaines de millions d'euro pour boucler les budgets, permettez moi de trouver que pinailler pour 21 minables millions d'euro par an, c'est juste du foutage de gueule. La note du caviste de "Papa" doit au moins faire deux fois ce montant... 3 fois même depuis que "Fils" est entré en politique.
  2. On omet soigneusement de mentionner le montant des rénovations (lourdes) des bâtiments en question. Sommes que l'État ne doit pas sortir et qui peuvent donc servir à autre chose et pourraient elles aussi rapporter des intérêts!
  3. Changement de propriétaire... pour autant que le propriétaire ne soit pas une institution européenne, il y a un précompte immobilier qui est désormais dû... aucune mention.
  4. Au terme des 25 ans, nous aurons peut être dépensé 1,82 Milliards d'euro... mais notre placement en aura rapporté 2,72 Milliards soit un gain de 900 Millions d'euro
  5. Si on le regarde plutôt à la valeur d'aujourd'hui: nous allons dépenser 1,434 Milliards mais nous en touchons 1,3 à la vente... soit une perte de 134 Millions, ce qui reste loin des 520 millions sous entendu. Ca ne représenterait même que 5,36 Millions par an...
  6. Même en admettant que l'on perde les 134 Millions... peut-on raisonnablement penser que les rénovations lourde des 84 immeubles auraient coûtés moins chers??? Un coût moyen inférieur à 2 Millions d'euro par bâtiment?
Comme je l'avais déjà posé dans un article  de février 2008, la qualité des journalistes "économiques" laisse de plus en plus à désirer. Quand j'en parle avec un ami journaliste économique, il m'explique qu'il ne faut pas s'attendre à grand chose quand on supprime les cours de math ou de statistiques du cursus des journalistes.

Je m'interroge sur l'intérêt de balancer aujourd'hui, de manière concertée et coordonnée, sans réflexion sur la méthode de calcul, une pseudo-information dont le contenu est connu depuis 2006... Pseudo information qui vise sans le dire le seul parti d'opposition de la région wallonne.

Je m'insurge quand je vois la manipulation manifeste des chiffres, la manipulation populaire que l'on met en place avec des approximations honteuses et indignes de ceux qui les ont pondues.
Cette manière tant de faire du journalisme que de la politique ne peut que me donner la nausée.

Oui, je pense néanmoins que les bâtiments ont été vendu trop peu chers, oui je pense qu'ils ont hélas agi dans l'urgence. Et encore. Je ne suis PAS expert immobilier... peut être que ces bâtiments ne valaient pas plus.
De plus, je suis de bon compte, l'Etat ne sera pas perdant!
Il a mal négocié certes mais avait du fixer un seuil minimum en dessous duquel il refuserait de descendre. La force de l'autre partie est d'avoir réussi à s'en rapprocher mais il ne l'a pas franchie!

L'Etat, donc la population, ressort gagnant de l'opération.
La méthodologie appliquée ici est forcément simplifiée mais je n'utilise que les quelques données mises en avant...et démontre une autre conclusion que celle qui est mise en avant dans le papier des journalistes...en tout opacité.

vendredi 5 février 2010

Grèce: un scénario crédible?

Ce jeudi 5 février, le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn suggérait aux pays de la zone euro "d'aider d'une façon ou d'une autre" la Grèce pour qu'elle surmonte ses problèmes.

Comparaison n'est pas raison... mais...

D'une façon ou d'une autre... et si la meilleure solution consistait à considérer que ne pas aider la Grèce était une véritable option?
Si on considérait que la Grèce ne représentait pas un risque systémique?
Que, par contre, l'aider ferait peser un poids trop lourd à une Europe toujours fragilisée par ses dernières intégrations?

Si on considérait que l'Europe, comme ces banques qui ont vu trop grand, a racheté trop de petites banques trop fragiles...et que certaines étaient même sur-gonflées de subprimes?
Maintenant, observons ce qu'ont fait les banques pour sauver le système? Ils ont provisionné des pertes et éliminés autant de branches pourries qu'ils ont pu. Ils ont constitués des fond d'actifs toxiques qu'ils ont vendu sur le marché. Le marché, en toute connaissance de cause, a acheté ses fonds misant qu'ils pourraient en retirer malgré tout plus que leur prix d'achat.

A ce compte, l'Europe prend un énorme risque en voulant sauver la Grèce à tout prix. L'Europe entame quasi le combat wallon pour la sidérurgie dans les années 80. Ca ne sert à rien... pire, ça risque bien de mettre tout le système en péril! Pire... ce sont les règles édictées par cette même Europe qui vont condamner la Grèce.

Car les engagements pris dans les différents traités instituant l'Union Européenne et l'Euro privent de facto l'Europe et les pays européens des outils classiques pour lutter contre la crise qui nous touche. On se prive, officiellement du moins, des armes monétaires et budgétaires... même l'outil inflationniste devrait rester limité. Je reviendrai sur ces points dans un futur post (promis, je ne tarderai plus deux mois la prochaine fois.) Les traités signés interdisent même explicitement à l'Europe de renflouer les dettes d'un des ses pays membres.

Et la Grèce, en ce moment, nous fait une partie de poker... elle pense que l'Europe ne la laissera pas tomber donc elle ne fait rien pour réellement s'améliorer. On n'a pas vraiment le choix... si on veut rester crédible nous devons désavouer la Grèce, la laisser tomber. Elle n'est pas systémique et servirait d'exemple pour tout pays membre tenté d'abuser de la faiblesse de la Commission et d'abuser de la solidarité des 26 autres membres.
Alors pourquoi sauver la Grèce? D'abord, ce ne serait pas "éducatif"... mais en sus, nous n'en avons plus les moyens. Avec quels fonds? L'Europe n'est pas encore à genoux mais demander aux pays, qui rament tous aujourd'hui avec des déficits, d'aller en plus aider ce membre à l'agonie. Quelles solutions? Creuser toujours plus les déficits? Nous porter garant de la dette grecque? Tenter de faire baisser le rating de la Grèce pour qu'elle puisse emprunter à meilleur prix?

Et si on laissait tomber la Grèce tout simplement?

Comme on a laissé tomber énormément de banques. C'est une chose qui est d'ailleurs peu connue en Europe mais outre Atlantique, on n'a sauvé que les banques systémiques (et on pense mettre en place des règles pour les éclater en plus petites entités non systémiques ou re-séparer leurs activités d'investissement de leurs activités collecte de l'épargne - prêt) et un bon nombre de banques ont fait la culbute (124 faillites bancaires à la fin Novembre 2009) ou ont été rachetées...

Le scénario? L'Europe déclare qu'elle ne peut supporter la Grèce. Scénario que les marchés semblent d'ailleurs utilisé cette hypothèse ces derniers jours malgré les appels rassurant de la BCE et du FMI.

La Grèce doit trouver à court terme 40 Milliards d'Euro et rien que pour l'année 2010...58 Milliards d'Euro. Qui va pouvoir lui avancer ses fonds? Aujourd'hui l'Europe semble être prête à participer mais à priori, le seul choix qui s'offre aux hellènes est le financement sur les marchés internationaux. Hors, nos voisins méditerranéens ont un rating de junk bond ou presque. Autant dire que tout prêt ne leur est accordé qu'avec un taux d'intérêt à la limite de l'usure vu le risque de faillite patent. (ces différences de taux d'intérêts pour des pays sensés être une union politique-économique et monétaire sont d'ailleurs très intéressant, j'y reviendrai prochainement aussi).

Les signaux actuels du marché montrent aussi que les acteurs financiers ne croient pas dans la mise sous tutelle de Bruxelles des pays du Club Med (que je préfère personnellement à PIGS... dont je pense aussi que, par exemple, l'Espagne n'y a pas sa place). Nos investisseurs ne pensent pas que la Commission oserait annuler un plan budgétaire d'un de ces pays si ce plan s'avérait inadéquat, il ne pense pas que la tutelle sera réellement effective. La BCE ne veut pas déstabiliser l'ensemble du système donc ne bougera pas pour la seule Grèce. Le FMI préfère une solution européenne à une solution de prise en main par le FMI. A plus d'un titre, j'avoue que si le FMI devait s'en mêler, l'Union Européenne s'en trouverait tellement décrédibilisée qu'on pourrait se demander si elle s'en relèverait.

Qui pour acheter la dette grecque alors?

Alors? Alors... il reste un acteur majeur qui s'offrirait bien une tête de pont en Europe... et ce sont nos meilleurs ennemis les chinois... Avouons d'ailleurs que nous sommes en train de fabriquer nous même les balles qui serviront à nous exécuter mais passons, c'est une autre histoire.

Ce sont d'ailleurs les Grecs qui ont discrètement sollicité nos amis chinois fin janvier pour que ceux ci achètent pour 25 Milliards d'Euro d'obligations (à un taux de 6,1%...). Les Chinois ont, officiellement, refusé mais acquerraient quand même une petite dizaine de Milliards discrètement. Ce refus chinois a d'ailleurs alimenté les spéculations sur le marché sur une possible sortie de la Grèce de la zone euro (ce que je prône personnellement)..

Pourquoi la Chine le ferait? Simplement parce que nous sommes entrés discrètement mais sûrement dans une nouvelle ère de guerre froide... certes discrète mais ou deux blocs sont face à face et posent leurs zones d'influences. La Chine face aux pays Occidentaux (USA/UE). La Chine qui est en train de doucement étendre sa zone d'influence, voire de contrôle, sur l'Afrique verrait d'un bon œil une porte d'entrée sur l'Europe...

Politique fiction

Tout ceci n'est bien sur que politique fiction à ce stade. Je suppute néanmoins à titre personnel que ce scénario est crédible. Aujourd'hui, l'Europe essaie de ne pas perdre la face. Demain, elle n'aura plus la force de porter le masque...

L'Europe abandonnera la Grèce...
La Chine achètera la dette grecque (comme elle le fait avec les USA....prenant doucement mais sûrement un grand contrôle économique et financier sur ce pays).

Ensuite... la Grèce quittera l'euro...
Ensuite... ensuite, je vais réfléchir à la suite potentielle de l'histoire... voyons déjà si mes prédictions se réaliseront dans les 2 ans à venir...